Dernier écrit de Hachemi Cherif

Dernier écrit d'Hachemi Cherif

En hommage à Hachemi Cherif, nous diffusons son dernier écrit public, le message envoyé au pré congrès du 14 Juillet 2005. Ses amis et camarades pourront le relire et l'étudier, ce sera pour nous tous une manière féconde de lui rendre hommage.




Aux camarades, sympathisants, et amis du MDS,

C'est avec an sentiment très fort de camaraderie et de solidarité que je m'adresse à vous en ce jour important pour la vie du Mouvement et auquel je regrette profondément de ne pouvoir participer directement
Encore une fois mon état de santé ne me permet pas d'assister (physiquement tout au moins) à une opportunité de rencontre cl de débats dont vous savez tous le degré de passion que je mets. J'espère de tout c?ur qu'elle sera ma dernière absence.

Chers camarades et amis,

Nos travaux d'aujourd'hui constituent le dernier jalon dans la voie de notre congrès qui se tiendra une année et demie après la tenue des présidentielles du 8 Avril 2004, un temps de recul relativement satisfaisant (reste à savoir qu'en est-il de la qualité de ce recul) et si riche en événements et rebondissements pour permettre d'élaborer une appréciation qui se rapproche le plus possible de la réalité et la plus conforme à notre ligne stratégique qui a besoin d'être actualisée et de plus en plus affinée. Mais, nous n'y parviendrons que si nous nous élevons au niveau de nos responsabilités, si nous nous débarrassons de toutes sortes de préjugés, de routine, ou d'automatismes susceptibles de nous conduire à commettre des erreurs par répétition alors que l'évolution aussi bien de la base matérielle que de la superstructure institutionnelle connaît des modifications par la force ou « en douce», tout comme le mode rapport entre l'Etat et la société. Y a-t-il mieux, plus opportun qu'un congrès national pour mener une réflexion individuelle et collective aussi intense que possible permettant d'apporter les changements et les modulations nécessaires pour mettre le parti à niveau ?
Un congres se tient pour formaliser la vie organique (au sens du vivant) et historique du parti, faire le bilan, mettre en question, réévaluer, et mettre à jour la ligne, la ou les tactiques, les concepts, vérifier l'état de leur caractère, tirer les leçons et les conséquences de l'expérience. Notre congrès sera l'occasion non seulement de faire le bilan nécessaire d'un mandat, mais également de soumettre à la réflexion et à l'analyse rétrospective l'ensemble de notre ligne telle qu'elle s'est cristallisée depuis le congrès du PAGS de décembre 90 au terme d'un débat d'une densité impressionnante.
Allons droit au but. En l?occurrence, doit-on reconduire automatiquement le discours et la praxis de la ligne générale de rupture avec l'islamisme (dans ses différentes composantes pour autant qu'elles soient stables et donc analysables, du point de vue de travail politique de fond en plaçant la question de la séparation du politique et du religieux au pian institutionnel au centre de nos préoccupations) et le système rentier bureaucratique (dans ses différents segments sans doute en différenciation continue) dans les mêmes formes, compte tenu de l'évolution des rapports de force sur le long terme ? Quelle formulation peut rendre le mieux compte de la nature du système actuel en tenant compte des évolutions qu'il a connues : dictature bureaucratique et despotique imposant au pays une voie unique et unilatérale l'imposant par les partis-Etat, la famille dite révolutionnaire comme agent de légitimation, mais surtout la posture permanente de l'armée qui constitue l'axe central et le centre de gravité, rentier-conservateur-islamiste (la connotation islamiste, ou islamisante (ne pas oublier qu'elle vient de loin et qu'elle a imprégné le mouvement de libération nationale) du noyau du pouvoir revêt-elle toujours la même pertinence et la même forme, n'est-elle pas en déclin du fait de la défaite qui lui a été infligée par la résistance des forces vives du pays - déclin historique ?). Y a-t-il des modifications qui ont affecté la structure de la rente et quelles sont-elles ? Enfin, ce pouvoir est-il toujours conservateur (et quel contenu donner à ce conservatisme) au vu des dernières initiatives qu'il a prises dont il faut mesurer le degré de pertinence, notamment celles concernant l'enseignement islamique, le code de la famille, le code de la nationalité, etc... dont on sait qu'elles lui ont été imposées par l'évolution objective de la société et le contexte international ? Cependant, il n'est pas évident qu'elles affectent la nature profonde du pouvoir qui continue par mille et une voix de s'exprimer dans le discours et les autres initiatives du pouvoir en direction des islamistes. On peut penser aussi comme certains qu'il y a un retour à une vision populiste dont le centre de gravité s'est déplacé du centre vers la droite. C'est ainsi qu'on peut observer quelques avancées surprises paradoxales de Bouteflika sur certaines questions importantes après les avoir rudement contrariées, par exemple, sur tamazight, l'abandon des dossiers du TPI et des disparus (escamotés et devenus sans valeur d'usage, marchande et sans justification, surtout sans base populaire), et plus récemment la position par rapport au terrorisme telle que formulée la veille du cinquantième anniversaire du 1" novembre. Mais, il reste que la question de l'amnistie et de la réconciliation nationale peut servir encore de marche-pied à l'islamisme. Et à ce propos, Bouteflika prétend vouloir officiellement consacrer une fin supposée au conflit avec l'islamisme par un acte solennel qui devrait clore ce qu'il appelle là tragédie nationale... Pourtant il n'ignore pas qu'il ne s'agit pas en l'occurrence de quelque guerre juste, mais d'une agression caractérisée, délibérément barbare et sauvage contre le peuple algérien et ses institutions. Un tel acte signifierait pas conséquent une reconnaissance de la justesse et de la noblesse de la cause islamiste. Cela veut-il dire autre chose qu'absoudre les crimes contre l'humanité, faire assumer la même responsabilité aux crimes contre l'humanité et aux sacrifices consentis pour les empêcher (l'ANP, les démocrates et patriotes auraient-ils eu tort ainsi de résister ? Auraient-ils dû laisser futé et laisser le peuple se faire écraser par la machine du fascisme barbare des islamistes ?), ceux qui ont détruit un patrimoine humain, matériel et spirituel irremplaçable du pays. On ne peut mettre sur le même pied d'égalité les criminels fascistes organisés et le peuple pacifique et les démocrates qui n'ont fait que subir et résister. On ne peut clore ce dossier par une telle logique, mais par la condamnation claire, sans équivoque des crimes islamistes, et au lieu de tenter de les faire concilier avec l'islam, plutôt affirmer sans ambages que ces forces, ces organisations et les éléments qui les composent n'ont pas été l'expression d'une religion mais son détournement et son dévoiement Et la seule façon d'éviter le retour de ce phénomène c'est la séparation du politique et du religieux dans tous les domaines et l'abrogation de l'article 2 de la Constitution. Nous ne sommes pas les seuls à avoir à gérer un tel débat. A ce propos, je ferai cet emprunt à Habermas qui dans ses écrits politiques et se référant aux débats actuels sur les responsabilités de la deuxième guerre mondiale engagés 55 après écrivait « on ne peut à la fois entreprendre une abstraction morale et insister sur le concret de l'Histoire. Celui qui néanmoins persiste à vouloir porter le deuil du destin collectif sans faire la distinction entre coupables et victimes a nécessairement quelque chose derrière la tête ».
Autant dire que la clarification des concepts, en ait la vigilance conceptuelle et leur capacité à réfléchir le réel, est d'autant plus nécessaire qu'ils sont forgés pour couvrir une période variable allant de la tendance lourde à la tendance conjoncturelle, mais aussi pour préfigurer le futur, anticiper). C'est juste pour ouvrir l'appétit, les autres vraies questions sont à mettre à jour et à élaborer, et un grand travail a déjà été fait dans ce sens (voir différentes contributions et évaluations) !

Quelques mois précieux sont déjà passés depuis la présidentielle du 8 avril 2004 et des millions d'algériens partagent déjà un large sentiment de gâchis, d'amertume, et pas seulement, ils tombent dans la régression sous tous les rapports. En effet, perçoit-on un quelconque signe de changement positif dans la direction de l'Etat et ses rapports à la société ? Des engagements fermes, ne serait-ce que des frémissements ? Que sont les 85% des voix de Bouteflika devenus ? Contentons-nous de poser la question et observons que la ligne présidentielle depuis sa première élection reste la même sur le fond et plutôt s'aggrave avec les offres aux entêtées aux islamistes par le moyen de l'amnistie et de la « réconciliation » et dont il faut bien considérer qu'elles constituent le noyau dur et la pierre angulaire de ses orientations, en dépit du discrédit total que porte cette notion dans la société, tandis que la tendance anti-démocratique, et disons-le de dictature bureaucratique, voire despotique étend ses tentacules sur l'Etat et la société, avec l'assèchement total de toute vie démocratique. Ce discours domine tout le discours officiel et couvre de sa voix les préoccupation du fond du pays : essor économique et social, démocratie, progrès, etc. Mais, peut-on responsabiliser Bouteflika seul ou considérer que s'il porte aujourd'hui le système, en en aggravant les traits négatifs, c'est que lui-même a été porté et continue à être porté par un système qui apparaît toujours verrouillé et impossible de changer de l'intérieur en raison de l'implication de l'armée et des services de sécurité de l'Etat qui pourtant ont joué un rôle décisif dans la défaite du terrorisme islamiste. On a donc beau chercher les secrets de « l'élection » de Bouteflika dans les positions, les pratiques, les comportements, les man?uvres» louvoiements, tromperies et ruses, reniements, les trahisons vraies ou fausses des uns et des autres parmi les protagonistes, on n'y comprendra rien si on ne cherche pas ce qui explique ces comportements dans la logique du système politique algérien. La vraie question est celle du système dont toute la société dépend et paradoxalement lui est redevable. C'est pourquoi et pour autant, on peut se poser la question de savoir si Benflis qui a été présenté comme son principal rival aux élections après avoir été son principal collaborateur, celui dont il a dit contre Ouyahia qu'il lui faisant tellement confiance qu'il pouvait s'absenter du pays la conscience tranquille, aurait constitué un changement par rapport à Bouteflika, et dans le même mouvement un jalon pour le changement du système ? A partir de quoi, et à titre d'enseignement, on peut même se poser la question de savoir si l'élection, plutôt l'intronisation de Benflis, aurait changé quelque chose !? Même si l'on se persuade que sa base socio politique est quelque peu différente de celle de Bouteflika (classes d'âge, expériences, etc.). Avançons par hypothèse que tout en étant lié de mille et une manières à la même base rentière que Bouteflika et les autres candidats (et la preuve est qu'ils ont gouverné ensemble), il représente (il semble en tous cas représenter) les noyaux des secteurs de cette base rentière de départ à la formation historiquement complexe et ambivalente - qui considèrent et parviennent à la conclusion que le système joue désormais contre leurs intérêts stratégiques et qu'il est irrémédiablement condamné, qu'ils auraient donc plus intérêt à faire entrer dans la vie les réformes qu'imposent d'un côté les besoins nationaux et d'un autre côté le contexte international dont le système de compétition ne tolère aucun écart. Mais; même si telle était la volonté de Benflis, aurait-il pu conduire des réformes même limitées jusqu'au bout (quand on connaît les tendances velléitaires et contradictoires dans le personnel du système). On peut se permettre d'en douter pour deux raisons, l'une liée à l'état des forces sociopolitiques en présence et l'autre raison fondamentale liée au fait que Bouteflika avec son discours ambivalent au niveau synchronique comme au niveau diachronique maîtrise le surf sur les évolutions nationales nécessaires et les évolutions internationales obligées (y compris sur la question de la gestion de l'islamisme)... avec le souci constant de s'assurer un troisième mandant.
Alors, tant que nous nous trouvons dans le même système, ce système pourrait-il faire autrement que de lui choisir le maintien de Bouteflika ou à défaut d'un double ? Trouverait-il mieux ? Une partie du problème, c'est que Benflis n'est ni entièrement acquis au système pour le mobiliser en sa faveur, ni entièrement hors du système pour mobiliser la société contre lui. C?est que, d'un côté, il ne garantit pas les intérêts et les alliances qui maintiennent le système, mais de l'autre côté il ne présente pas de garanties mobilisatrices sérieuses pour le changement. La lourde responsabilité des candidats démissionnaires et la sous-estimation de la crise de fond ou du fond de la crise, est dans le fait d'avoir accompagné Bouteflika dans son élection, en sautant au dessus de la crise de fond qui frappe le pays et qui est la crise du système.- Bouteflika en se réalisant ne peut que réaliser les intérêts du système et les intérêts de ses alliés nationaux et internationaux.
En gros, l'ensemble des protagonistes ont négligé le caractère objectif, donc pertinent et inexorable, du processus national et de l'évolution internationale qui l'enserre, et le terrain et l'objet sur lesquels se tient le jeu et se joue la partie, à savoir le peuple. De tout cela résultent des rapports de forces croisés : classe politique, classe dirigeante, la société, restés pour l'essentiel les mêmes, c'est-à-dire, réciproquement inversés. Une telle structure ne préfigure et ne porte dans son ventre aucune possibilité de changement interne ou externe au système, fusse par des élections et surtout pas par des élections, d'autant qu'elles sont fraudées de bout en bout, tant que de nouvelles forces objectives liées à l'essor des facteurs objectifs et notamment dans l'économie et la structure de classe de la société n'ont pas émergé au détriment de la rente et des bases sociales qui en profitent.

On en revient au fond d'une de nos thèses qui postule que le système actuel a largement épuisé tout son potentiel de progrès, et qu'il n'y a pas de dépassement possible de la crise en dehors du dépassement du système lui-même, Etat et classe politique (entretenue par le système) compris.
Les équations et leurs réponses, sont aujourd'hui bien simples, et assurément bien problématiques :
Les ressorts sont brisés, les maillons rompus entre la société, la classe politique et l'Etat dans des rapports croisés. Plus loin, la régression va jusqu'à frapper le c?ur de la société, c'est-à-dire sa mémoire collective et son sens collectif, les valeurs civilisationnelles acquises de longue date. C'est ce qui explique les problèmes de l'élaboration de l'Histoire, de sa diffusion et de son enseignement. En fait, ce système n'a pas besoin d'Histoire ni de conscience historique qui sont les bâtisseuses de la conscience nationale.
Le complexe appareil d'Etat/Nation/Société est en perdition. Les commandes de bord (d'abord y a-t-il un bord ?) ne répondent plus, et plus grave il n'a pas de pilote pour suppléer aux défaillances du tableau de bord virtuel qui commande la conduite des affaires du pays, ou il n'y a de pilote que pour une politique unilatérale et les règlements de comptes et il n'est même pas pilote à lui-même (ce qui pourtant est l'idéal d'un Etat démocratique moderne).
Le pouvoir, prisonnier de la routine du système rentier (avec son « j'y suis j'y reste ») ne cherche pas à dépasser positivement la tension et l'état de crise, il les nie et les laisse s'aggraver manifestement sur le terrain des réalités socio-économiques, et en soubassement sur le plan politique. Il se satisfait et se réjouit même peut être de la désertification de l'espace politique.
Pour illustrer :
* II faut un projet (ne parlons pas de ce projet de société trop complexe à penser pour ce système). Or Bouteflika n'en ressent pas le besoin. Pour lui (et son pouvoir et le système qui en est l'assise institutionnelle), gouverner c'est seulement s'affirmer aux commandes quant bien même il ne s'agit que de naviguer à vue,
* II faut unir, rassembler. Il désunit,
* II faut mobiliser, lui démobilise et désoriente,
* II faut composer avec des partenaires, lui ne fait que défier « tel me le paiera ! ». Tout est bâti sur la ruse, la fraude, le mensonge, l'hypocrisie, la duplicité du discours,
* Au moment où le pays a besoin de démocratie, il fait reculer ses premiers acquis déjà si fragiles. Donc pas de souci de partage, d'association...
L'Algérie a besoin d'unité, de cohésion nationale et sociale, Bouteflika lui impose la division, Elle a besoin de clarté et de cohésion politique, il impose l'opacité et la confusion, La crise est éligible à des rebondissements, susceptibles d'éclater en tout temps et de remettre en cause les équilibres précaires négociés pour faire passer le 8 Novembre. L'approche de la future présidentielle va exacerber les contradictions et les tensions, Bouteflika étant susceptible de s'apprêter à faire le vide et doubler Ouyahia ou d'autres candidats potentiels pour tripler son mandat. Tout dépendra de la question de savoir si la ligne actuelle arrivera à stabiliser ou non l'édifice d'ensemble dans le sens d'une véritable sortie de crise.
Ces tensions nouvelles dans la continuité des anciennes vont affecter tout le pouvoir, dans sa totalité comme système qui campe dans l'autisme. Non seulement il ne voit pas et n'entend pas, il n'éprouve aucune sensibilité. Et il est conforté par l'absence de contre-pouvoirs qu'il a lui-même laminés, à l'intérieur du système d'Etat comme à l'extérieur. En réalité, il n'en veut pas. Ses prétentions pédagogiques le conduisent à justifier le blocage du processus démocratique par le fait qu'il s'agirait d'un processus long et complexe, etc. pour le rejeter aux calendes grecques). En réalité c'est sa logique de pouvoir qui allonge ce processus et la preuve est dans la régression démocratique de fond qui marque son pouvoir.
II impose un retour à la pensée unique. Il l'applique au peuple, et même à ses partisans. De sorte qu'on peut affirmer que quand on parle de pensée, on se fait excessifs. En réalité, il s'agit d'une pensée fossilisée, au point de devenir une non-pensée, (pas dans le sens d'impensé philosophique!). En réalité, ce système lui-même n'a pas besoin de pensée. Il ne pense pas, et donc ne se pense pas. Il est illisible aux autres, illisible à lui-même ! Il ne se reconnaît dans aucune structure cohérente, mais agit comme entité transcendante. Partant de là, et puisqu'il inhibe ou même interdit la formation des moyens et des instruments de sa réforme, il se trouve dans l'impossibilité de se réformer. La rente est son axe central, le fondement, l'assise qui le porte. Son hybridité lui permet de se redéployer, de se légitimer, et de se re-légitimer en permanence.
En dépit des rentrées financières copieuses, ce système est incapable de résoudre les problèmes majeurs actuels, à plus forte raison, réaliser des accumulations. Son comportement n'obéit à aucune une stratégie claire, cohérente, pouvant déboucher sur des accumulations. Celles-ci ne sont possibles dans ce type de système ni par linéarité, ni par bonds en avant (l'une et l'autre de ces deux logiques supposant la production des forces du changement). La rente reste la principale ligne de démarcation (ou de discrimination). Non pas qu'il n'y en ait pas d'autres, secondaires, mais il est évident que la principale se situe entre les bénéficiaires et les distributeurs de la rente d'un côté, et ceux nombreux qui en sont exclus ou écrasés par la rente, et qui pourtant peuvent participer à un niveau subalterne, de l'autre.
C'est un système dont nombreux sont les citoyens qui profitent de ses privilèges, mais dont souffrent des victimes en nombres plus importants y compris parmi ceux du premier groupe que le système empêche de se former comme classe moderne, indépendante (disons plutôt en quête d'indépendance par rapport à la rente et à son système), développée, dotée d'une conscience claire des intérêts stratégiques et historiques de la Nation. Au total :
- Dépression continue (sans possibilités sérieuses de rebondissement) de la situation économique, sociale et culturelle, avec dévaluation des notions d'organisation, de rationalité, d'économie, du travail et de valeur-travail, de service public, d'honnêteté, des valeurs universelles, à l'avantage des comportements négatifs et nocifs pour la société. L'enseignement : recul démocratisation, recul de la qualité, recul du rapport renseignement. Que deviennent les vraies constantes tant vantées et chantées comme la promotion véritable de l'arabe comme langue de savoir ?
- Déstructuration de la société et des classes sociales traditionnelles (classiques ?) héritées de la période coloniale et de la période d'essor patriotique (elles se sont, si l'on peut dire, hybridées, appauvries au plan socio-économique et culturel, sous le seau de mouvement de mutation sociale), avec transformation (bouleversement ?) du poids relatif de chaque classe et de sa position dans l'ensemble social. Il est manifeste que le poids objectif- et donc conséquemment subjectif- des classes et couches progressistes a considérablement régressé et est devenu dominé au profit du poids objectif et subjectif des forces réactionnaires qui a considérablement augmenté et devient outrageusement dominateur. La présence et l'influence des deux pôles socio-économiques et politiques sur les différents centres de pouvoir et les institutions ont suivi naturellement la même courbe d'évolution. Que reste-t-il de la mémoire de presque un siècle de mouvement national ? De mouvement ouvrier, syndical et communiste ? Et même du mouvement réformiste structuré (laïc ou islamique ? Aujourd'hui, tout est pris dans un mouvement brownien dont personne ne peut prédire l'avenir.
- Crise des élites, des organisations, des contenus et des formes d'organisation de l'Etat et de la société (appareils d'Etat à tous les niveaux, institutions, assemblées dites élues, partis, pseudo partis ou de faux partis pour ne pas avoir à classer dans la rubrique « partis » des appareils et des organisations montées de toutes pièces par différents lobbies et clans du pouvoir), syndicats, mouvements associatifs, etc.)
- Crise totale du système dit démocratique (élections structurées et fraudées dont la société est résignée à accepter les conditions et les conséquences, et qui cache une véritable crise de représentation, seule pèse la loi de la force et du mieux placé dans les appareils du système). Dans ce sens, les institutions dites élues, la classe politique ne sont ni productrices de démocratie ni des reproductrices. Elles sont, de par leurs caractéristiques fondamentales, incapables de faire avancer le processus démocratique et on peut même dire qu'elles sont des facteurs bloquants et contrariants. De toutes les façons elles ne font ni oeuvre de contre-pouvoir ni de critique du pouvoir et du système. Elles lui servent d'alibi. Elles en sont les auxiliaires obligés, piégés, et engrenés.
- Crise des formes de lutte et de pression sur le pouvoir, due entre autres au déséquilibre terrifiant entre la réalité du mouvement de masse et les appareils de répression,
- Les maillons de la continuité et de l'accumulation historiques dans tous les domaines sont rompus et les ressorts sont brisés avec un affaiblissement considérable du sentiment national et patriotique que confirme l'exil massif des élites et des jeunes conforté et aggravé par le terrorisme islamiste. Notre fonds de mémoire historique est gravement atteint et dilapidé. Et les dégâts sont irréparables.
- Crise morale, anomie, perte des valeurs positives. La corruption matérielle et morale est largement entrée dans les moeurs. Elle est devenue un mécanisme de régulation, un rapport social.

Telle est la situation d'ensemble que le pouvoir veut normaliser par tous les moyens. Aussi, nous nous trouvons aujourd'hui devant deux Algérie, ou d'une Algérie à deux vitesses : celle d'en haut, officielle qui vit dans l'aisance matérielle et la volonté de commandement, et celle d'en bas, bien réelle et souffrante ! Qui ne s'écoutent pas, ne s'entendent pas ! L'impression que donne l'évolution actuelle, c'est que dans ce qui est visible et prévisible, l'Algérie va droit au mur, c'est-à-dire vers le chaos. Et l'Etat actuel n'y pourra rien, n suffit d'examiner de près le paysage socio-économique et les mouvements qui le traversent pour rendre la conclusion que le rythme de déliquescence et de paupérisation et le délabrement vont bien plus vite que les possibilités et les capacités de l'Etat et de la société de rattraper ce décalage et de le dépasser, à plus forte raison de l'inverser.
C'est cette normalisation et cet effet de constante qu'il faudrait aux démocrates et patriotes combattre de toutes leurs forces et refuser de laisser installer. Et par conséquent la critique de ce pouvoir n'a de sens et son combat n'a d'efficacité que si la lutte théorique, politique et sociale s'étend à la critique systématique et systémique de tout le dispositif institutionnel, de tout le processus qui l'a porté jusqu'ici et qui met en question l'Etat, tout l'Etat ! La seule solution consiste à changer le système en son socle de sorte que l'Algérie reprenne le chemin de l'essor économique (on a envie de dire n'importe quelle économie pourvu qu'il y en ait), de l'accumulation et du progrès.

En ce qui nous concerne, il est toujours utile d'interroger notre ligne sur sa justesse ou non et sur la justesse de toute notre praxis. Non seulement il ne faut pas s'empêcher de le faire, mais il faut considérer comme un devoir de le faire, de façon claire et lucide. Du point de vue méthodologique, il faut avoir toujours en mémoire vive l'ensemble des arguments qui ont fondé notre position. Notre conception de la lutte politique et idéologique marque toute la différence entre la démocratie réelle qui prend en compte toutes les conditions objectives et subjectives de l'existence et de l'exercice de la démocratie (niveau de développement, niveau de vie, véritable Etat de droit) et la démocratie formelle qui se contente de ses attributs extérieurs. Ceci étant, nous pouvons estimer avoir joué un rôle sinon majeur, tout au moins significatif dans l'éclairage et la conduite des luttes politiques. Notre ligne et notre combat ont contribué à mettre l'intégrisme et son bras armé sur la défensive, elle a considérablement gêné les man?uvres réconciliatrices. Maintenant, il devient difficilement envisageable et prévisible de voir revenir à une telle opportunité, dans les mêmes conditions. Cette demande est devenue obsolète et dépassée, dans la forme qui est la sienne tout au moins, cependant que le même objectif de fond reste valide, plus que jamais nécessaire et possible, et possible parce que nécessaire. Nous devons refuser d'être prisonniers des habitudes traditionnelles et routinières de pensée. Mais, c'est sur la base de progrès relatifs mais réels, ou réels mais cependant relatifs. Nous avons, en quelque sorte, participé à la préparation de possibilités d'une bifurcation positive. Ce qui ne signifie pas qu'elle arrivera demain : tellement de retards ont été accumulés ! Mais, déjà, il y a et il y aura encore forcément changement dans tes modalités - qui impliqueront toujours les appareils compte tenu de leur poids rapporté à celui de la société, mais davantage la société, non pas la société vue comme masse inerte, mais comme corps dynamique. Evidemment, ce changement se réalisera au terme d'une période plus ou moins longue. Mais, une avancée décisive a été faite dans cette voie. Et il faut mettre à profit cette avancée pour arracher à l'islamisme (et disputer au système) toute possibilité de reprise de l'initiative stratégique dans les nouvelles conditions où sa pression sur la société algérienne a considérablement baissé chez l'islamisme et semble paradoxalement se stabiliser chez le système.
Il serait utile de faire le bilan de l'islamisme, et demander des comptes à ses partisans et ses soutiens. Quelle a été, et quelle est, dans la vie et l'expérience réelles, son utilité publique, sociale, politique, intellectuelle ? Il ne s'est manifesté qu'en tant que force de freinage de la société et de l'Etat, du progrès, de la culture et de la civilisation ?
L'islamisme a été acculé à la défensive par la pression dissuasive de la société et de l'Etat (en dépit de son caractère hybride et en cette raison-même. Ayant perdu substance au présent dans les générations qui l'ont déjà pratiqué et expérimenté, il tente de se projeter dans le futur en se rabattant violemment sur les enfants et les jeunes qu'il embrigade et met sous sa pression en exploitant les organisations d'encadrement de la jeunesse et de l'enfance (UGEL, SMA, etc.) ou en en créant pour la circonstance. Cependant, peut-on estimer que l'évolution de fond des partis islamistes confrontés à la société marchante les conduit forcément dans un processus d'islam-démocratisation à l'instar des processus de chrétienne-démocratisation en Europe et en Amérique latine ?
Rien ne nous oblige à céder aux pressions et nous précipiter à nous prononcer sur cette question, car son dénouement traverse un processus contradictoire qui ne se laisse pas lire facilement à un premier niveau. Ce processus est contrarié par le fait que les partis islamistes ne sont pas prêts de s'accommoder de la séparation entre le politique et le religieux, s'appuient sur l'internationalisation de la mouvance islamiste y compris la plus radicale, en plus du fait que les patriotes et autres démocrates ne les poussent pas à aller dans ce sens, compte tenu de leurs propres retards de conscience.
Tous les éléments d'analyse liés au système rentier bureaucratique et à son caractère démiurge, à son essence idéologique et institutionnelle, à sa capacité de phagocyter le réel et l'espérance de progrès, restent valides et pertinents. H avance masqué, il recule masqué. Normal. Par nécessité. Il est en rupture de cohérence (les contradictions internes continuent à s'exacerber). Il est en rupture de stock de base (celle-ci s'est disloquée sus la pression des évolutions nationales et internationales). Il est en rupture de stock d'alliances (les choix -surtout ceux du pouvoir - sont tenus d'être de plus en plus prudents et affinés. Au plan idéologique. Son alliance triple ou quadruple prétendument formalisée si l'on y ajoute l'UDR en pâtit En effet comment « souder » les prétentions anti-intégristes de l'UDR (fussent-elles encouragées par le noyau du pouvoir pour phagocyter le RCD et le MDS) et les prétentions islamistes de Hamas ?
Au plan idéologique, la révision du code de la famille illustre la volonté du pouvoir comme entité politique, idéologique, institutionnelle, de faire certaines des concessions qu'imposé la montée des aspirations démocratiques et des contraintes sociales, tout en s'efforçant de tenir fermement l'initiative stratégique et de la tenir liée au plan idéologique aux valeurs islamiques. Et on peut ranger cette question dans la logique qui a régi la série des décisions apparemment paradoxales qui ont conduit à la constitutionnalisation de Tamazight, à la réintégration du français dans renseignement et à la récente adhésion à la francophonie. Tout cela donne l'impression que le caractère débridé de Bouteflika dont on disait dès le début de son premier mandat (et c'était politiquement juste de le dire) qu'il lui donnait la possibilité de tendre la main aux islamistes, c'est ce même caractère débride qui lui donne (le toupet), la force et la capacité d'initiative de mesures de progrès, les batailles d'arrière garde et d'escarmouches étant menées par les islamistes autour de la question de l'importation des boissons alcoolisées, et encore pas tous puisque Hamas, comme à ses habitudes, trouve les arguments les plus farfelus pour abdiquer et justifier sa position.

Quand au diagnostic de l'état des démocrates il est difficile à faire. Actuellement, c'est la léthargie qui règne, signe du choc du 8 avril et des carences en matière d'analyse des faits et des tendances lourdes. Mais des rebondissements sont parfaitement possibles. En réalité le terreau démocratique n'est pas asséché comme le prétendent certains observateurs, Il est toujours là, disponible, peut être plus que jamais mais ne rencontre pas encore ses " élites ". La phase actuelle doit être à la cristallisation des conditions, des facteurs et des forces de changement et notamment par l'essor des forces productives. D'une part, le pays a besoin de s'acheminer vers des Polarités radicales, sur une base de principes et de valeurs, et sur une base de praxis et de pratique. D'un côté, c'est bel et bien en dehors de la classe politique actuelle que peuvent s'ouvrir des perspectives, car elle en est l'exact contraire. Mais, en même temps elle reste présente, du fait que l'arbitrage de la société n'est pas suffisamment pertinent, et n'oppose pas de sanction négative.

Avec Bouteflika, on assiste à une accélération de l'obsolescence de toute la classe politique, islamisme compris, processus qui a commencé bien avant, sous la direction de Zeroual (ne pas se laisser tromper par ce qui flotte à la surface, le FLN, le RND ne sont rien s'ils n'étaient portés à bout de bras par les appareils et les moyens du pouvoir. Mais au total, contre sa volonté même, et en cherchant à édulcorer les contradictions pour faire avancer son compromis, Bouteflika a fini par contribuer à abîmer les partis liés au système et l'intégrisme dans sa propre stratégie, y compris en lui promettant des perspectives impossibles. Alors que le système reste encore indemne.
L'analyse théorique, le bon sens, l'expérience pratique même, confirment qu'il n'y a rien à faire de sérieusement positif avec cette classe politique. Elle constitue plutôt un écran qui empêche la cristallisation de nouvelles forces en partis politiques de type nouveau. Elle contrarie et retarde les processus de décantation. Alors quelle stratégie vis-à-vis d'elle ? Continuer à nous poser comme sa négation et à la poser comme notre négation, avec au bout de grandes inconnues ou bien la reconnaître au prix d'un gain nul ?

La question cruciale des instruments (élites politiques, sociales et intellectuelles, institutions), est celle de savoir si l'Etat va pouvoir et devoir (faute d'élites et d'une classe politique digne de ce nom) se réformer spontanément, par la bande, par le jeu des intérêts et des accumulations, par sa propre dynamique interne, sans être éclairé et tracté par un projet cohérent, élaboré, mobilisateur, ou ne se réformer que sous le poids des facteurs objectifs et subjectifs du changement, ou encore des sollicitations et pressions des nouvelles réalités mondiales !?
On peut dores et déjà compter avec les heurts d'intérêts à venir entre les appétits de la néo-bourgeoisie libérale qui cherche à s'émanciper de l'ordre ancien et ceux qui veulent maintenir cet ordre avec ses privilèges et les intérêts des alliances internationales de Bouteflika avec le capital américain et celui du Golfe. Mais aussi, et fondamentalement entre tous ces intérêts et ceux de l'Algérie et de ses couches populaires et de ses forces vives.

QUEL AVENIR POUR LE PAYS ?

Objectivement, et si les conditions ne changent pas substantiellement, pour ne pas dire radicalement, le passage par le chaos (à savoir par la rupture brutale des équilibres, le désordre et l'anarchie, pas forcément dans des formes violentes, peut être une nouvelle « orange ») deviendra inévitable, incontournable. D'ailleurs, ne faudrait-il pas considérer que nous avons déjà atteint un degré d'irréversibilité et de non-retour dans cette voie ? Il n'y a qu'à se référer aux réalités et aux chiffres socioéconomiques, à l'état des retards structurels en termes de facteurs objectifs et subjectifs dans tous les domaines (infrastructures, équipements, hydraulique, réseaux routiers et ferroviaires, enseignement à tous les niveaux - en matière de structures de base et de qualité, les retards de conscience et de civilisation, la rupture de la cohésion et de la discipline sociale, etc.,), tous ces phénomènes étant éligible à l'aggravation. La société est ainsi placée devant un choix cornélien : se laisser « normaliser » par le système, dompter, mater par gourou actuel, en Bouteflika, accepter le triste sort qu'il fait au pays, rejoindre la horde (sans péjoration aucune, juste pour signaler des communautés non organisées) des pays arabe-musulmans qui sortent de l'Histoire, ou résister par toutes les voies qu'offre la vie. Le MDS pour sa part, ne cherche pas, ne travaille pas, et ne souhaite pas une exacerbation, y compris au motif que l'aggravation des contradictions entraînera inévitablement un niveau plus élevé d'opposition, de résistance et de mouvement social et démocratique. C'est moins évident qu'il n'en paraît. C'est Brecht qui disait « les victimes d'un séisme se rendent-elle compte de ce qui leur arrive et peuvent-elle réagir en conséquence ? » Et le peuple n'en souffrira que davantage, de surcroît sans la garantie d'une issue positive satisfaisante. Si dans ce cas, toutes les voies de la résistance démocratique et pacifique sont obstruées, le passage par le chaos (c'est à dire, à la rupture brutale d'équilibres ou au marquage brutal d'équilibres déjà largement rompus) comme c'est le cas actuellement, l'Algérie risque d'aller vers le divorce total et absolu Etat/société, vers un chaos indescriptible. Ce n'est pas une telle évolution que nous voulons ou que nous recherchons pour notre pays. Nous ne tomberons pas dans une telle tentation avec le vain espoir d'en tirer quelque dividende. C'est, au contraire, ce que nous cherchons à éviter. Et nous voulons alerter contre sa survenue avant qu'il ne soit trop tard, et s'il n'est pas encore trop tard. Pour dépasser la crise, construire les instruments politiques, sociaux, institutionnels de défense des intérêts matériels et moraux du peuple algérien et du changement dans la voie du progrès.
Il appert, si l'on peut tirer une conclusion théorique historiale de la phase en cours, que Bouteflika conduit, consciemment ou inconsciemment, la phase négative de reconstruction équivalent au pôle négatif (ou plutôt de recomposition ?) et nécessaire au pôle positif, du paysage d'ensemble, politique, culturel, idéologique, institutionnel, c'est celle de la destruction même s'il peut s'agir dans sa conscience d'essais de reconstruction (on ne peut pas lui prêter que de mauvaises intentions) opacifiées par les différents mouvements contradictoires Etat/Société, Etat/Etat, Société/société, souvent dans des lignes transversales. Il se heurtera, il se heurte déjà dans les formes multiples à une résistance passive, à des oppositions elles-mêmes déstabilisées et déstructurées, certes, y compris progressivement dans ses propres rangs qui vont être touchés, et une nouvelle phase succédera à la sienne et qui pourrait être celle de la rupture qui, elle aussi traverse deux moments.
Mais, on n'avancera dans la bonne direction que si on voit bien que sous quelque angle que l'on analyse la situation dans le pays, c'est la question capitale de la reconstruction, ou plutôt de la construction de l'Etat qui est vitalement posée, faute de quoi les hypothèses et projections prospectives et perspectives sur l'organisation de la société, sur la démocratie, la justice, la liberté, l'essor général, le contrat social (consacré chez nous ......), l'harmonie, ne seront que fantaisies. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'Etat, ou que cet Etat a failli sur toute la ligne. C'est bien ce même Etat qui a résisté contre le terrorisme islamiste (aussi parce qu'il le connaît bien) et en cela il a, en dépit de nombreuses faiblesses accompli une mission historique majeure. Mais il a failli dans sa reconstruction et sa ligne stratégique en sous-estimant la valeur de la modernité politique, civilisationnelle et culturelle.

Et il devra bien s'agir d'un Etat qui se ait et se forge avec les logiques, les espaces, les instruments, les visions du XXIème siècle, celui des grands ensembles et échanges, disons des interactions, de la mondialisation bien comprise dont tous devons profiter. Il va sans dire que nous ne pouvons prétendre à rien si nous ne mettons pas l'essor socio-économique au centre des préoccupations, avec le souci bien compris qu'il n'y aura pas d'essor économique stricto sensu qui ne s'appuie pas sur un essor social authentique, des bénéfices partagés qui insuffleront une dynamique et une énergie nouvelle pour soulever le pays. Par conséquent, il ne peut y avoir d'économie neutre, et à plus forte raison d'économie libérale ou néo-libérale capable de libérer notre pays et de le faire progresser. Le progrès social (pouvoir d'achat, conditions de vie et de travail, besoins sociaux, démocratie, etc...) n'est pas qu'un point idéologique abstrait, il ne s'y réduit pas, mais se trouve au coeur de la dynamique générale d'évolution, en même temps qu'une condition majeure de sa réalisation.

A ce point de l'analyse, il faut prendre la mesure de la lourde responsabilité des démocrates et des patriotes au sens large, pour ne pas faire illusion sur la pseudo classe politique démocratique. Quant à cette dernière, les erreurs à répétition qu'elle a accumulées depuis le début des années 1990, les opportunités gâchées la rendent responsables en grande partie du drame épouvantable que continue à vivre notre peuple sans espoir de s'en sortir encore. Il reste à savoir qu'elle est - ou quelles sont - les sources de ces erreurs : faiblesses théoriques et politiques, intérêts de classe ou les deux ?
Le MDS s'est distingué radicalement de cette classe politique, sur l'essentiel, malgré et avec une élaboration du côté du parti et une lecture du côté de l'opinion rendue difficile par la contradiction insoluble entre la nécessité d'alliances couvrant différents espaces et la difficulté même de les mettre en ?uvre en raison d'approches politiques et empiriques différentes, mais sans doute aussi des raisons subjectives de carrière. Il a constitué un lieu de résistance privilégié contre le terrorisme, sa matrice idéologique qu'est l'islamisme, et la critique fondamentale du système politique algérien, de son Etat et de son pouvoir. Il a même décelé les prémisses de changements possibles dans l'évolution de la situation nationale et internationale. Il a aussitôt posé publiquement les considérations, les attendus, les éléments et les jalons d'une bifurcation de l'évolution presque dans les termes dans lesquels elle se pose actuellement
Intégrer dès maintenant nos thèses critiques et prépositionnelles sur les questions liées à la stratégie d'édification, aux problèmes socio-économiques (avec leurs implications internationales), à la paix, aux droits de l'homme, aux libertés, à l'égalité et à la justice, aux questions de la mondialisation, du monde arabe et musulman et du grand Maghreb, à l'amnistie et à la réconciliation nationale. Soutenu- la controverse tout en restant ouverts.
Désormais, nous devons concevoir la démocratie non comme un préalable abstrait, comme une utopie ou un idéal, mais comme une conquête, dans le même temps qu'un moyen de conquête du pouvoir.
Concrètement :
Cristalliser, rendre visible, palpable, le projet de société séduisant, captant et captivant par sa cohérence et son ouverture d'esprit et de spectre d'intérêts,
Etre présents de façon agissante dans tous les débats politiques et intellectuels et dans toutes les luttes économiques et sociales à tous les niveaux et touchant divers domaines et milieux socio-profressionnels,
Elaborer une philosophie et une pratique d'alliances à divers niveaux de proximité et/ou tout simplement d'actions unitaires qui tient compte de la diversité d'intérêts et de conceptions reposant sur un certain équilibre et une certaine synergie, sans exiger des proximités politiques et idéologiques.
Travailler à changer les rapports de forces au sein des « institutions » dites élues, et en conséquence dans les appareils, dans le même mouvement Cela passe par une mobilisation de type nouveau de la société. Il faut nous préparer à participer aux futures élections avec comme philosophie la poursuite de la conquête difficile de la société et un début d'investissement des institutions de la république, en réfléchissant et en élaborant les objectifs globaux, partiels et intermédiaires - mettre discrètement en place des commissions électorales à tous les niveaux, préparer des candidats et des listes et affirmer solennellement dans quelles conditions et avec quel programme, quels critères et objectifs, le MDS assume leur investiture, etc
Travailler dès maintenant sur la stratégie électorale et sur rétablissement de listes électorales avec des personnalités saillantes répondant aux critères d'adhésion à notre programme électoral, aux conditions de moralité et pouvant servir de repères. La participation aux élections, au-delà des luttes pour le pouvoir, n'a ni de sens, ni d'efficacité, ni de pérennité que si les élus font leur travail pour la société et avec la société, leur présence dans les chambres d'élus n'étant que la partie politico-institutionnelle de leur responsabilité. Ce ne sera pas le peuple au service des institutions, mais les institutions au service du peuple.

Mais, à partir du moment où depuis 1990 nous avons fondé la thèse suivant laquelle le parti est un rapport social, et que donc son identité n'est pas immuable, peut-être bien la question devient-elle plus profonde aujourd'hui que la situation dans le pays, éclairée par ce qui se passe dans le monde, implique des adaptations, des ajustements, des changements majeurs, le pays étant situé en pleine bifurcation ? Alors, adaptation à droite pour coller au réalisme, s'en remettre à ce qui est présenté comme l'évidence, ou réaffirmer notre vocation progressiste de gauche moderne capable de trouver le compromis le plus positif entre les intérêts des travailleurs, des cadres, des masses populaires et ce qu'on peut en tirer de ce réel et du rapport de forces qu'il impose (et précisément pour défendre ces intérêts ?). Les restructurations de la gauche en cours dans le monde devraient nous encourager à mener ces débats avec lucidité.

Nous avons été éduqués à des critères définis comme les meilleurs et les plus indispensables pour cimenter un parti progressiste et le pérenniser. Naturellement, ces critères ont largement changé, changent. La preuve est que les critères anciens ont sauté, est que les sociétés actuelles ne produisent plus le même type de militant que celui connu dans les dizaines et centaine d'années précédentes avec la montée de l'industrie et du prolétariat qui en accompagnât l'essor. D'où l'extrême difficulté d'avoir à disposition aujourd'hui une base socio-économique cohérente dans ses intérêts, ses besoins et aspirations, capable.
D'où les difficultés qu'éprouvent les partis à se donner une base superstructurelle, idéologique, théorique, méthodologique minimale. Chez nous, nous avons à faire à une masse informe qu'ont ne peut encore qualifier de société au sens moderne. A quoi s'ajoutent les chocs vécus ces vingt dernières années au niveau mondial, avec l'écroulement du socialisme réel, la chute du mur de Berlin, le recul des grands partis communistes des pays capitalistes développés, des avant-gardes du tiers monde, etc... Sur la base du triomphe arrogant dans une dynamique de rouleau compresseur du néo-libéralisme a ébranlé les convictions progressistes et rendu autrement plus difficile de forger de nouvelles perspectives. Un vent de désespoir et de résignation souffle sur une base sociale universelle que les contradictions et jeux des politiques politiciennes des verts et des altermondialistes achèvent de désorienter et de désabuser. Cas particulier du parti communiste irakien ? Ou bien faut-il attendre que l'expérience en soit achevée.
# Posté le mercredi 19 septembre 2007 14:33

Communiqué de presse de l'ULB

Communiqué de presse de l'ULB

Motion de soutien à Bahar Kimyongür adoptée au Conseil d'administration du 22 mai 2006
Elle a été envoyée au Ministre des affaires étrangères, Ministre de l'intérieur, et au Ministre de la justice.
« L'Université libre de Bruxelles demande au gouvernement belge de protéger son ressortissant, Bahar Kimyongür, diplômé de l'ULB, actuellement incarcéré aux Pays Bas, afin qu'il ne soit pas extradé vers la Turquie mais rapatrié vers notre pays. »
# Posté le lundi 19 juin 2006 05:24

Incarcération de Bahar Kimyongür :« un précédent dangereux pour les citoyens de Belgique »

Incarcération de Bahar Kimyongür :« un précédent dangereux pour les citoyens de Belgique »
Incarcération de Bahar Kimyongür :
« un précédent dangereux pour les citoyens de Belgique »



Drapeau rouge
: Votre époux, Bahar Kimyongur, ressortissant belge, et membre du DHKC , (Front populaire pour la libération du peuple turc, un parti d'obédience marxiste-léniniste, a été arrêté ce 28 avril aux Pays Bas......... Sous quel motif ?
Deniz Demirkapi : Il faut raconter d'abord les conditions et le contexte de cette arrestation. Mon époux se rendait en Hollande pour assister à une activité culturelle turque. A peine franchie la frontière hollandaise, sa voiture a été prise en chasse par deux véhicules banalisés occupés par des individus en civil qui finirent par lui faire signe d'arrêter à environ 40 kilomètres d'Amsterdam. Le prétexte était un imaginaire excès de vitesse. Puis, on prétendit que le véhicule dans lequel il se trouvait a été signalé comme volé... alors que les papiers de la voiture ne furent même pas demandés. Il s'agissait de vérifier qu'il s'agissait bien de mon époux. Il lui signifièrent alors qu'il était sous le coup d'un mandat d'arrêt international lancé par la Turquie et procédèrent à son arrestation. On apprendra plus tard, d'après le dossier de l'instruction, qu'un jour avant l'arrestation de mon époux, la Turquie avait mis en garde les Pays Bas quant à l'éventuelle entrée de Bahar sur le territoire hollandais.
D. R. Si c'est un mandat d'arrêt international, les autorités belges en étaient fatalement informées et devaient donc en informer votre époux qui est ressortissant belge.
D. D. Au contraire : la Belgique voulait donner un cadeau à la Turquie pour compenser l'évasion de Ferye Erdal. Ici les lois interdisent d'extrader un ressortissant belge, les autorités ont donc laissé Bahar se jeter dans la gueule du loup en Hollande où il était très attendu.
D. R. Que dit ce mandat d'arrêt international émis par la Turquie?
D. D. Il est reproché à Bahar
1) d'avoir interpellé un ministre turc au sein du Parlement européen.
2) d'avoir observé une grève de la faim en solidarité avec des camarades détenus en Allemagne.
3) d'avoir assisté (au même titre que de nombreux citoyens) au procès de Ferye Erdal.
Ce sont des accusations fantaisistes dans la mesure où l'interpellation du ministre turc s'est faite au sein d'une institution européenne, en l'occurrence le Parlement européen, c'est donc à cette institution de porter plainte or elle ne l'a pas fait. Les deux autres points contenus dans le mandat sont ridicules. Par exemple, lors du procès de Ferye Erdal, plus de 50 personnes étaient présentes à chaque séance. On devrait, dans ce cas, arrêter toutes ces personnes. Les prisons belges ne suffiraient plus. Par ailleurs, le juge hollandais a demandé un complément d'information aux autorités turques qui lui ont envoyé un « complément » de 50 pages. Cette même justice a demandé aux autorités belges une copie du jugement de Bruges.
D.R. Dans ce cas, et juridiquement, la balle est dans le camp de la Belgique ?
D.D. Oui , Bahar étant ressortissant belge ( Bahar Kimyogur est né en Belgique, N.D.L.R ), c'est à l'Etat belge de le protéger. La balle est aussi dans le camp des démocrates et des progressistes, car le combat de Bahar est le leur.
D. R. M. Kimyogur a déjà subi un procès dans son pays, la Belgique.
D. D. Oui, c'était le 28 février 2000 au tribunal de Bruges. Il faut signaler, et c'est très important, que juste un mois après son arrestation à cette occasion, la Turquie avait émis un premier mandat international contre Bahar pour avoir traduit un communiqué du Dhkc et appartenance à une organisation terroriste. Bahar jouissant de la nationalité belge a donc été jugé en Belgique ainsi que d'autres de ses camarades. Il a été condamné à 4 ans de prison ferme, mais la justice l'a laissé en liberté.
D. R. Que risque votre époux actuellement en prison en Hollande ?
D. D. Bahar risque l'extradition, c'est-à-dire l'antichambre de la mort. Il sera d'abord « réceptionné » par la police turque qui, comme vous le savez, jouit d'une réputation mondiale en matière de torture. Il sera ensuite enfermé dans une prison de type F, système carcéral contre lequel Bahar et les camarades se battent depuis tant d'années. Les prisons de type F sont des prisons où les détenus sont isolés et à la merci de l'humeur des gardiens qui ont le droit de vie et de mort sur les prisonniers. L'isolement est en lui-même une torture. A l'instant où je vous parle, 122 prisonniers sont morts dans ces prisons. Bahar, cela est certain, fera une grève de la faim et combattra par tous les moyens et au prix de sa vie.
D.R. Cela ressemble fort à un flagrant déni de justice de la part des autorités belges...
D.D. Il faudra peut-être poser la question, entre autres, à M. De Donnea, personnage très lié à la banque Dexia , ou à la banque FORTIS qui vient de s'installer en Turquie.
D.R.Qu'en est-il de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne ?
D. D. Ce n'est pas avec l'adhésion que la Turquie sera démocratique... Par ailleurs, l'Union européenne n'exige pas de la Turquie le respect des droits de l'homme, elle lui demande de se faire un lifting superficiel.
D.R. La solidarité..?
D. D. Nous sommes soutenus dans notre combat par plusieurs organisations et personnalités. Je citerai, et ceux que j'oublie me pardonneront, quatre organisations de Turquie : l'Institut kurde de Bruxelles, la fondation Info-turc, l'Association des Arméniens de Belgique, l'Association des Assyriens de Belgique et Euromed. Parmi les personnalités, il faudra citer Dieudonné, Pierre Galand, Philipe Geluck, Jean Cornil, Josy Dubié..., qui lui ont rendu visite ce 16 juin en prison İl s'agit d'un combat symbolique. Si Bahar est extradé vers la Turquie, toute personne développant un argumentaire critique contre les pouvoirs en place pourra dorénavant être taxée de terroriste et punie. Ce qui remettrait en cause la liberté d'expression et d'association de tous les citoyens.

Djamal Benmerad
# Posté le lundi 19 juin 2006 04:51

Le printemps berbère

Le printemps berbère

Par Djamal Benmerad
Le 20 avril était-il un coup de tonnerre dans un temps paisible ? Pour les rares observateurs attentifs, le feu couvait sous la cendre. Il faut dire que la question Tamazight ( la question berbère ) a été posée dès 1949 et qu'elle fut l'objet d'un violent débat certains historiens l'appelèrent la crise « berbéro-marxiste » , mais elle fut ensuite mise en veilleuse, la priorité fut donnée à la lutte contre l'occupant français. Plus récemment, dans les années 1970, la contestation et la revendication ont pris, d'abord, des formes culturelles. Chansons, poésie, pièces de théâtre... Le lycée Colonel Amirouche de Tizi Ouzou, chef-lieu de province de la Grande Kabylie, était l'un des foyers de cette agitation et des incidents y avaient régulièrement lieu. Ces lycéens se mirent plusieurs fois en grève parce qu'on leur demandait de jouer en arabe une pièce qu'ils ont écrite en kabyle !
En remontant de deux siècles on rencontre aussi un lycéen, le premier à avoir posé la question berbère d'une manière franche mais non dénuée de talent. Elève au lycée Ben Aknoun, dans la banlieue d'Alger, le jeune Mohand Idir Aït Amrane écrit en 1945 un poème qui aura l'effet d'un orage d'été. L'intitulé du poème dit tout : « Eker a-mis ou mazigh ! » (« Debout fils d'Homme libre ! »). Le jeune auteur évoquera dans sans son texte les fondateurs de la nation : Kahina, Jugurtha... Et terminera son poème par un appel au soulèvement. On remarquera en passant le rôle joué par la poésie dans la rébellion amazigh. Les événements et le sursaut identitaire que nous traitons ici ont le même prétexte : la poésie. La même année, Ouali Bennaï, responsable du Parti du peuple algérien (PPA) demande à l'occasion d'une réunion du Part, l'unification en une seule région de la Petite Kabylie et la Grande Kabylie que le colonialisme avait scindées pour des raisons géopolitiques. Il essuiera un refus de la part de la direction du parti. Ce problème sera reposé au sein du Comité révolutionnaire d'unité et d'action ((CRUA) qui donnera naissance au premier jour du mois de toutes les espérances, le 1er novembre 1954, au FLN mais surtout à l'ALN 5. Il faudra noter que 60 ans après ces faits et 43 ans après l'indépendance de l'Algérie, il existe toujours 2 Kabylie ! Le printemps 1947 voit fleurir « Le message de Jugurtha » ouvrage de Mohand-Chérif Sahli (*). L'ouvrage au nom évocateur est diffusé par l'Union démocratique du manifeste algérien, parti libéral, « parlementariste, qui prononcera son auto dissolution néanmoins pour les rangs du Fln. La diffusion de l'ouvrage est subira les entraves musclées du MTLD 6. En novembre 1957, une vingtaine d'hommes, dont font partie le jeune poète et militant Mohand Idit Aît Amrane, Ouali Bennaï, Amar Ould Hamouda, Saïd Ali Yahia, Saïd Oubouzar, Mohand Sid Ali Yahia, Sadek Hadjeres, tous membres du PPA-MTLD, se réunissent à l'insu du parti au village Arous, non loin de Larbâa Naït Irathen, durant prés d'une semaine. Il faut dire que l'objet de la rencontre n'était pas des plus aisées. Il s'agissait :
- de condamner la politique réformiste et louvoyante du MTLD et « pousser » à la préparation de la lutte armée
- d'introduire la dimension berbère dans l'organisation de la future Algérie indépendante
De cette réunion sortira un rapport dense que Ouali Bennaï doit exposer devant le Comité central du parti. Mohand Idir Aït Amrane (il est partout ce poète !) est chargé de prendre contact avec Mouloud Mammeri en vue de le charger d'une étude sur la langue berbère.
En novembre 1948 Ali Yahia Rachid est, étudiant à Paris, membre actif du groupe berbèriste, est élu au Comité fédéral de la Fédération de France du MTLD 6. Cette Fédération de France, dont traitera

(*) Voilà ce qu'en dit Mustapha Lacheraf : « ...Trouvant même dans la référence historique à la personnalité écrasante d'énergie et de patriotisme de Jugurtha l'occasion d'un modèle exemplaire de lutte armée et de direction responsable du peuple algérien dans son lointain passé (...) Sahli marquait par-là ce que devait être, non seulement la pièce maîtresse de l'idéologie nationaliste de combat libérateur, savoir : l'action directe, la part de l'homme, de son éthique, de sa modestie, de sa capacité à diriger ses semblables tout en restant leur serviteur. »
« Littératures de combat » Mustapha Lacheraf, Editions. Bouchène, Alger 1991

quelques décennies plus tard Ali Haroun (*) dans un ouvrage qui demeure jusqu'à présent l'unique référence sur cette structure, jouera déterminant pour la guerre d'indépendance 7.
En décembre 1948 le ver est dans le fruit : le MTLD diffuse largement, en Algérie et en France notamment, une brochure de 50 intitulée « Mémorandum à l'ONU. » Il y est dit en introduction : « La nation algérienne, arabe et musulmane, existe depuis VIIeme siècle. » On ne peut mettre cette phrase d'une gravité extrême sur le compte de l'ignorance mais plutôt d'une amnésie entretenue et d'un déni politico-identitaire. Mais l'Histoire est impitoyable : durant la guerre d'Algérie, les concepteurs et promoteurs de ce « mémorandum », les MNA 8 et autres « bellounistes » combattront aux côtés de l'armée française, les armes à la main, les indépendantistes algériens. Cette brochure soulève une tempête sans précédent au sein du mouvement national dont les derniers à être indignés ne furent pas les berbèro-nationalistes.
Durant l'été 1949, trois étudiants entreprennent rédigent et diffusent une brochure « L'Algérie libre vivra ! » sous le pseudonyme d'Idir El Watani. La brochure, qui circule largement au sein du MTLD, soutient que «La nation algérienne ne suppose ni une communauté de race, ni de religion, ni de langue. Cette nation repose sur quatre éléments essentiels : « le territoire, l'économie, le caractère national qui se traduit dans le mode de vie, la mentalité et la culture, le culte d'un même passé et le souci d'un même avenir. » Les auteurs de la brochure rappellent l'existence d'une Algérie antérieure à l'avènement de l'Islam, une nation plusieurs fois millénaire et réfutent l'affirmation de Messali Hadj qui limite l'histoire de l'Algérie au VIIème siècle.
En août 1949 survient un « incident » : Ferhat Ali, militant du MTLD et néanmoins opposant à Messali Hadj concernant la question de la lutte armée et le problème berbère est atteint d'une balle par Krim Belkacem, futur membre du GPRA. Le lendemain, « L'Echo d'Alger », journal des ultra colonialistes, titre « Des membres dissidents du PPA veut créer le PPA kabyle. », déclaration supposée provenir de la victime. Deux jours après, le groupe des étudiants berbèro-nationalistes demandent à la même victime de rédiger une mise au point. L'Echo d'Alger refuse de la publier. C'est Alger républicain, journal avant-gardiste qui s'en charge... et en caractères gras. Mais nous arrivons au printemps 1949 et à la fameuse « crise berbèro-marxiste. » Au mois de mars, le bouillonnant Ali Yahia Rachid, étudiant en droit à l'université de Paris et, nous l'avons vu plus haut, membre élu du Comité directeur de la Fédération de France, réussit à faire voter une motion dénonçant le mythe d'une Algérie arabo-islamique et défend la thèse de l'Algérie algérienne. La motion est votée à une large majorité : 28 pour sur 32.
Moins d'un mois après, le 15 avril 1949 , Messali Hadj ordonne à un militant, Embarek Filali, d'organiser un commando pour reprendre en force la Fédération de France. Celui-ci s'exécute et pousse le zèle jusqu'à diffuser un tract (d'inspiration messaliste) condamnant le berbèrisme. Mustafa Radjef, ancien de l'ENA et membre du Conseil de la Fédération de France, originaire de Kabylie, réunit le Comité fédéral et fait voter une motion intitulée « Condamnation de la déviation politique du Comité fédéral . » Echec : la motion recueille 12 voix pour et 1 voix contre. Mustafa Radjef décide alors, avec quelques kabyles de service dont le Dr Mustapfa Chawki et Sadek Saïdi, d'organiser d'autres commandos pour « reprendre » la Fédération de France « des mains des scissionnistes. » L'effectif initial de ces commandos est de 70 hommes, selon Mustafa Radjef. Des affrontements ont lieu entre les « arabo-islamistes » et les tenants de « l'Algérie algérienne. » pour la récupération des moyens logistiques, des locaux et des véhicules du Parti, particulièrement dans les 18ème et 20ème arrondissements de Paris notamment.
Ali Yahia Rachid, pressentant le danger, lance un appel à Ouali Bennaï à Oran. Ce dernier, conscient du danger, s'apprête à embarquer pour Marseille lorsqu'il est étrangement arrêté au port d'Oran par la police française. Ce sera le début d'une campagne d'arrestations mais ciblant uniquement les partisans de l'Algérie algérienne.
Ainsi de nombreux cadres importants du MTLD, dont Omar Boudaoud, responsable de l'Organisation spéciale en Basse Kabylie, et dirigeant de la Féderation de France de l'ALN pendant la guerre), Saïd Oubouzar, responsable politique de la région de Tizi Ouzou, Amar Ould Hamouda, un des responsables de l'O.S. et membre du Comité central du MTLD, Omar Oussedik, membre du Comité central et adjoint d'Ahmed Bouda, connaîtront la torture et la prison.

(*) Ali Haroun « La 7ème Wilaya » La guerre du FLN en France 1954-1962. Ed. du seuil, Paris,1986

Ces arrestations provoquent un profond malaise au sein des militants kabyles qui accusent leurs dirigeants du MTLD de « complicité » avec l'administration coloniale. Messali Hadj pousse le cynisme à accuser ces cadres et permanents du MTLD, alors qu'ils sont déjà en prison, jusqu'à les accuser de « régionalisme » et d' « antinationalisme.» Ils seront tous exclus du Parti. Idir Aït Amrane, l'auteur nous l'avons vu, de « Ekker a-mis ou mazigh » , leur composera un chant tout aussi émouvant : « Si l' Dzaïr ar Tizi Ouzou. »
Après « la récupération » musclée de la logistique de la Féderation de France par les arabo-islamiques, une « mise au point » se fait à Alger, dans la Medersa « Errachid ». Les principaux responsables du mouvement berbère, en prison ou sous mandat d'arrêt, à l'exception d'Aït Ahmed activement rechérché par la police coloniale, furent exclus du Parti.
Du fond de sa prison, Ouali Bennai envoie, par l'intermédiaire me Me Abdrrahmane Kiouane, avocat du Parti, une lettre à Ali Yahia Rachid. Il lui demande explicitement : « Que devient le M. R. B. ? » Cette lettre lue et photographiée parla direction du Parti, est distribuée à toutes ses sections. Une aubaine pour la direction du Parti qui y voit là une preuve irréfutable de la présence d'une organisation secrète à l'intérieur du Parti, dite « Mouvement révolutionnaire Berbère. » Elle redynamise sa campagne anti-berbère. Des délégués sont envoyés à travers toute l'Algérie. Leur mission est de faire condamner le berbèrisme par les sections de base. Dans certains quartiers d'Alger, des bagarres éclatent entre les arabo-islamistes et les berbèro-natinalistes.
L'année 1952 commence par l'assassinat de Ali Rabia, militant du Parti. La campagne de liquidations physiques vient d'être inaugurée.
Le MTLD dénonce, à travers son organe central « L'Algérie libre » et avec l'aide de ses porte-voix, la pièce de théâtre de Abdellah Nakil intitulée « El Kahina. » La pièce, mise en scène le 27 novembre 1953 par celui qui deviendra le célèbre dramaturge, Mustapha Kateb, retrace l'histoire de l'invasion arabe et la résistance des berbères conduits par Kahina, la reine berbère. Jouée en arabe populaire, elle connaît un vif succès auprès des populations.
En mars 1954, une association culturelle se nommant Tiwwizi n'tamazight (solidarité pour tamazight) est crée à Paris par un groupe de berbèristes . Son objectif est le développement de la langue berbère. L'association publiera une revue du même nom. Ce sera l'une structures réellement démocratiques d'avant-guerre. Le poète Idir Aït Amrane,, décidément incontournable, leur dédiera un chant intitulé « Akker Wer neggan udhan » (Debout toi qui ne dort point) Après le 1er Novembre 1954, l'association s'auto-dissout en assemblée générale et décide de rejoindre le combat armé.
La guerre d'Algérie est entamée depuis deux ans lorsque les résistants, qu'on appelait « maquisards » apprennent que Amar Ould Hamouda, ancien responsable de l'Organisation spéciale est « exécuté » avec Mbarek Aït Menguellat. Ils sont accusés d'avoir constitué un groupe qui prônait le communisme en Kabylie. La même année verra l'assassinat, à Demâa N'Sharidj, de Boualem Bennai, militant infatigable de la cause nationale et partisan de l « Algérie Algérienne. » L'ordre de l'exécution a été donné par Krime Belkacem, furur négociateur des accords d'Evian. Selon l'historien Mohamed Harbi « Le colonel Ouamrane l'avait fait avertir par Rabah Bouaziz de ne pas se rendre dans sa région et de rejoindre le maquis de la wilaya IV. Il savait qu'en Kabylie son sort était scellé. »
Le 27 décembre 1957, Abane Ramadane, stratège politico-militaire, « cerveau » de la révolution algérienne, concepteur et organisateur du Congrès de la Soummam, se rend au Maroc où est réfugiée la direction de la résistance, rappeler aux cadres de cette résistance les décisions du Congrès de la Soummam : primauté de l'intérieur sur l'extérieur et primauté du civil sur le militaire. Il est exécuté par les siens au Maroc. Il a été jugé et condamné en secret par les 3 « B » : Boussouf, Bentobal et Belkacem, trois « dirigeants extérieurs » de la résistance.

Le mouvement berbère dans l'Algérie post-indépendante

E n 1962, quelques semaines après l'indépendance, à sa sortie de prison, Ben Bella donne le ton à partir de Tunis où il fait un discours : « Nous sommes Arabes, des Arabes, dix millions d'Arabes . » Pour le premier président de l'Algérie indépendante, « ... Il n'y a d'avenir pour ce pays que dans l'arabisation. »
En septembre de la même année l'écrivain Mouloud Mammeri tente d'obtenir de Si Mohammedi, ministre de l'éducation, la réouverture de la chaire berbère de l'université d'Alger. Le ministre lui répond : « Mais voyons tout le monde sait que ce sont les pères Blancs qui ont inventé le berbère . »
Quelques jours après ce refus méprisant, Ben Bella insiste dans un discours prononcé du haut du Parlement : « ... L'Algérie s'est définie comme nation arabe, recherchant par tous les moyens le resserrement des liens avec les pays frères en vue d'aboutir à l'unité arabe... »
Le 21 août de l'année suivante, au cinquième congrès de l'Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), organisation née pendant la guerre et qui se transformera en UNEA dès l'indépendancce, les congressistes soulèvent la question de l'arabisation et le statut de la langue berbère, et particulièrement « ... la nécessité du développement de la langue berbère et la création d'un institut d'enseignement du berbère. »
29 septembre 1963 des militants créent le Front de forces socialistes (FFS). Cette formation est essentiellement à ancrage kabyle. Le FFS prône une opposition armée contre le régime du Président Ahmed Ben Bella. La Kabylie devient le théâtre d'affrontement militaires.Onze mois plus tard, Ait Ahmed sera arreté, condamné à mort puis gracié par Ben Bella.
En 1964 le chanteur kabyle Slimane Azem devient interdit d'antenne. Certains présentateurs radio connaîtront « le placard » pour un temps indéterminé. L'Etat réduit les horaires de la chaîne kabyle. Avril 1968 se penche sur la naissance du premier Cercle culturel berbère (semi-légal) à la cité universitaire de Ben Aknoun (Alger). Ses activités comprennent des cours de berbères dispensés par Mouloud Mammeri et la publication de la revue Tafsut.
Dans son discours inaugural au premier Festival culturel panafricain tenu à Alger le 22 juillet 1969,
le Président Houari Boumédiène rappelle que « Longtemps contraints de nous taire ou de parler la langue du colonisateur, c'était un devoir essentiel et premier que de retrouver nos langues nationales, les mots hérités de nos pères et appris dès l'enfance. » Il ajoute qu' « il n'y a pas de langue qui, au départ, soit plus apte qu'une autre à être le support de la science et du savoir. » Ces propos n'empêchera pas son ministre de la culture d'interdire à Taos Amrouche, célèbre romancière et chanteuse berbérophone de représenter l'Algérie à ce festival. Cependant elle sera invitée par les animateurs du Centre culturel berbère de la cité universitaire de Ben Aknoun où elle se produira devant les étudiants.
Pendant ce temps on assiste à l'explosion de la chanson kabyle. Des étudiants comme Ferhat M'Henni créent le groupe au nom évocateur d' « Imazighen Imoula » pendant qu'Idir va « internationnaliser » la chanson kabyle avec « A vava inouva .» Le thème de ces chansons n'est plus à la mièvrerie. Un autre temps est venu, celui de la revendication identitaire, la liberté de la femme, la contestation...
Le ministre de l'Intérieur dresse une liste, sous forme de circulaire adressée à l'état civil des communes, de prénoms arabo-musulmans à attribuer aux nouveau-nés, à l'exclusion de tout autre prénom. Ainsi le citoyen berbère sera dépossédé, dès la naissance, d'une part de son identité.
16 avril 1976. A l'occasion de la célébration de Youm El Ilm (journée du savoir) qui est en même temps la journée commémorative de la mort du cheih Abdelhamid Benbadis, président de l'Association des ulémas, Boumediène signe une ordonnance qui stipule que « ... l'enseignement est assuré en langue nationale (comprendre la langue arabe) à tous les niveaux d'éducation et de formation et dans toutes les disciplines. » Deux mois plus tard, le Parti de la révolution socialiste (PRS) fondé par Mohamed Boudiaf en exil critique durement le pouvoir algérien à qui il reproche de faire l'impasse sur la question berbère. Ainsi, comme le note la revue Tafsut, le PRS, avec à sa tête Mohamed Boudiaf, est la première formation politique à se prononcer en faveur de la culture berbère.
Eté 1976, pour avoir ronéoté des textes littéraires en tifinagh (alphabet berbère), 200 jeunes, lycéens pour la plupart, sont arrêtés et emprisonnés. Ils seront, pour quelques uns, condamnés jusqu'à 24 mois de prison.
En 1977, le gouvernement a fait coïncider la finale de la coupe d'Algérie de football qui devait opposer la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK) au Nast Atlethic d'Hussein Dey (NAHD), équipe algéroise dont les supporters étaient aussi d'origine berbère, avec le 12ème anniversaire du « redressement révolutionnaire », euphémisme pour désigner le putsch de Boumédiène de 1965. Dans les tribunes, les spectateurs face à la tribune présidentielle hurlent des slogans tels que « La langue berbère vivra », « Liberté d'expression », « Nous sommes des Imazighen... » La retransmission en direct de la rencontre cause un effet d'amplification. Le match est remporté par la JSK.
La rentrée verra l'ouverture du centre universitaire de Tizi Ouzou (CUTO) qui regroupera les étudiants et les enseignants jusque là éparpillés dans divers instituts d'Alger.
En novembre, la direction du PRS de Boudiaf met en place une cellule de réflexion pour étudier le dossier berbère et élaborer des propositions concrètes.
Quelques jours après, Aït Ahmed, secrétaire général du FFS demande la « reconnaissance de la langue berbère au même titre que la langue arabe. »
Cependant des interdictions sont notifiées àe plusieurs chanteurs kabyles comme I'Idir , Ferhat, et d'autrss « perturbateurs »de se produire devant leur public. Cependant un fait d'une grave importance vient détourner l'opinion nationale.
Le 10 décembre 1978, alors que Boumédiène agonisait des suites d'une maladie jusque là inconnue, un lot d'armes est parachuté au Cap Sigli, non loin de la ville de Bougie. Il s'agissait de créer un maquis qui aboutirait plus tard à un soulèvement kabyle contre le régime. Avec la complicité de quelques conjurés, anciens résistants tels que Frehat Abbas, ancien Président du Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA), Belarbi, Boudjeloud, Ahmed Kadri, Mohamed Benyahia, les services secrets français ont fournit, via le Maroc, « la logistique. » Là où le complot a tourné à un scénario sur la famille Dalton, c'est que la conjuration a été éventée par la puissante et redoutable Sécurité militaire (services spéciaux) algérienne. Ce pourrait même être une manipulation de leur part, ayant une grande connaissance des services français et marocains, pour « resserrer l'unité nationale » contre l'ennemi héréditaire : la France. Il n'en demeure pas moins que le parachutage fut réceptionné par cette Sécurité militaire.M. et les conjurés arrêtés. Quelques jours plus tard, le chanteur contestataire Lounis Aït Menguellet est interdit de chanter. C'est la première d'une langue série d'interdictions. L'auteur de cet ouvrage va ronéoter et distribuer un célèbre poème de Nazim Hikmet : « Ils ne nous laissent pas chanter. » Il connaîtra à cette occasion l'humidité des geôles du commissariat central du Grand Alger. Une semaine plus tard verra l'interdiction de jouer d'une pièce de théâtre de Kateb Yacine, traduite en berbère : « La guerre des 2000 ans. »
Ce flash back était nécessaire pour démontrer que le mouvement berbère n'est pas issu d'une génération spontanée.
Le 27 décembre 1978, Houari Boumediène décède.
L'armée impose Chadli Benjeddid comme candidat unique comme à la succession de Boumediène.
Chadli est « élu » le 9 février 1979. Il sera le 5ème président de l'Algérie indépendante.






















Evènements de l'année 1980


Le péril jeunes

Là encore, à l'origine était la poésie.
Le 10 mars 198O, l'écrivain de notoriété mondiale Mouloud Mammeri, concepteur et animateur de la revue Awal (parole), devait donner à l'université de Tizi Ouzou une conférence sur les « Les poèmes kabyles anciens » Quelques mois auparavant Mouloud Mammeri a publié chez Maspero un ouvrage portant le même intitulé. Quelques heures avant la tenue de la conférence, le commissaire politique régional du Parti unique donna l'ordre d'interdire la conférence, cette conférence hautement subversive. La poésie kabyle prohibée ? Une délégation d'étudiants sollicite un entretien avec l'auteur de cet ukase. En vain. On improvise alors une assemblée générale au campus de l'université. Y participent 1.500 étudiants sur les 1.700 que compte l'université, qui votent la grève et un sitting devant le siège régional du Parti unique. Le lendemain ils sont là à crier des slogans nouveaux : « Tamazight est notre langue ! »,« Halte à la répression culturelle ! », « Culture berbère, culture algérienne ! ... » Le lendemain 12 mars les lycéens de la ville se mettent en grève. Le 13 on voit apparaître des tags, certains du FFS : « Démocratie », « culture berbère nationale », « langue populaire, langues nationales ...» A Larbâa Nath Irathen, les enseignes et les plaques d'indication routière sont arrachées par les lycéens, d'autres sont bariolées. A leurs places on lit « Anerrez Ouala N'Eknou » (« Plutôt rompre que plier », vers du poète Si Muhand U'Mhand.) La caserne est envahie et les soldats, pour une grande partie des jeunes appelés du service militaire, fraternisent avec les manifestants. Le commissaire de la police locale est bloqué dans sa voiture. Il est obligé par les jeunes surchauffés de répéter leurs slogans. Le Président de la république, qui devait faire une visite officielle à Tizi Ouzou le 15, c'est à dire deux jours plus tard, annule son voyage. Le préfet convoque une réunion des chefs d'établissements scolaires. Lors de cette réunion, le directeur de l'institut islamique prononça cette phrase qui, sous d'autres cieux, serait passible des tribunaux pour « incitation au crime» : « Il faut tirer sur la foule ! » L'agitation continue, chaque fois renforcée avec « de nouvelles troupes. » Le lendemain, A Alger, quelques 5OO étudiants marchent dans la rue Larbi Ben M'Hidi, l'une des artères les plus importantes de la capitale. Ils sont violemment dispersés par la police. Quelques manifestants sont interpellés. Cinq d'entre eux font connaissance avec les geôles souterraines du commissariat central. Ce devint, de part et d'autre, le début du cycle manifestation-arrestations.
Le 18 mars, le préfet de Tizi Ouzou fait une « incursion » à Azazga, un bourg située à une trentaine de km du chef-lieu de province. La population le reçoit « chaudement » à coups de jets pierres et en hurlant son mécontentement. Il doit vite rebrousser chemin. Le siège local du parti unique est saccagé, la gendarmerie attaquée. Les rues sont inondées par la foule. Dans la localité de Ain El Hammam, les ouvriers se solidarisent avec les jeunes et se mettent en grève illimitée tout en assurant le service minimum. A Drâa El Mizan la ville est en turbulence. La police y opère 70 arrestations chez les lycéens.
La population de la province de Bougie, deuxième capitale de la Kabylie, s'enflamme. Des bourgs à forte concentration de populations, Amizour, El Kseur, Sidi Aich, Akbou et leurs environs voient leurs habitants, y compris des dames du troisième âge, occuper les rues. C'est l'alerte orange : des troupes supplémentaires sont rameutées en renfort. La Kabylie est quasiment en état de siège.
Dix huit jours après, le feu aux poudres, El Moudjahid, organe officiel de l'Etat et du Parti unique, se fend d'un article, où la haine se substitue au journalisme, intitulé « Les donneurs de leçons. » Il est signé Kamel Belkacem. Ce plumitif se singularisera quelques mois plus tard où, en qualité de directeur d'Algérie Actualités, hebdomadaire également étatique, publiera une interview de Bigeard de triste mémoire, où l'occasion sera donnée à ce dernier de justifier la pratique de la torture qu'il a ordonnée à ses subordonnées durant la guerre d'Algérie. Des personnes, dont l'auteur, se chargeront de lui rappeler à cet effet que pour des faits similaires (crimes de guerre), Adolf Eichmann a été kidnappé par les Israéliens qui lui ont fait traverser clandestinement plusieurs frontières et l'ont jugé à Tel Aviv. Il s'avèrera, quelques mois plus tard, que ladite interview a été ordonnée par Larbi Belkheir, directeur de cabinet à la Présidence de la république et qui, de notoriété publique, a été placé à ce poste par la France pour veiller sur les intérêts de l'ancienne métropole, fut-ce au prix de quelques coups tordus. A la date où nous écrivons... il est directeur de cabinet de Abdelaziz Bouteflika ! L'Histoire bégaie, dit-on. Tout au cours de la semaine qui suit la publication de cet « article », des lettres et des pétitions de protestation émanant de différents les milieux affluent chez les autorités.
26 mars : nouvelle manifestation à Tizi Ouzou. Etrangement, la police n'intervient pas. Le 8 avril, en Kabylie, on assiste à une déferlante de plusieurs milliers de paysans qui marchent sut Tizi Ouzou. L'armée bloque les routes. Le mouvement s'étend à toute la Kabylie. Bouira est contaminée. Le 9 avril un concert que devait donner Ferhat Imazighen Imoula à Sidi Aïch est interdit. Des troubles ont lieu. Quelques jours après, le 11 avril, est envoyée à El Moudjahid la mise au point de Mouloud Mammeri suite à l'articulet « Les donneurs de leçons. » Au mépris de toute éthique, de toute déontologie et du Droit, ce quotidien dans lequel, durant les années de feu et de la résistance, écrivaient des héros tels que Abane Ramdane, Ben M'Hidi, Boudiaf et tant d'autres noms illustres, ce quotidien devenu aux mains de la « françafrique », refuse de publier la mise au point. Qu'à cela ne tienne : des ronéo tournent de plus beau. La mise au point est lue dans les endroits les plus reculés d'Algérie...et en France où le quotidien « Le matin » la reproduit dans son intégralité. C'en est trop pour Chadli Bendjeddid et son éminence grise Larbi Belkheir : que l'Algérie soit à feu et à sang est perçu comme « un chahut de gamins », mais un seul article publié dans la presse de l'ancienne métropole en défaveur du régime provoque la panique. Cela restera une règle pour tous les régimes qui se succèderont, hormis « la parenthèse » Boudiaf. Une semaine plus tard se tient une assemblée générale des étudiants de l'université de Hasnaoua qui votent l'occupation de la salle de reprographie et qui lancent un appel à une manifestation pour le 20 avril à Alger. Cet appel est, dans l'esprit de ses initiateurs, lancé pour « décentraliser » le mouvement. Il sera, tout au début, modérément suivi : le 20 avril, à 10 heures du matin, 500 à 700 étudiants et quelques enseignants, tout au plus, se rassemblent à Alger autour de la Place du 1er Mai, portant des banderoles où sont expliquées leurs revendications et où sont griffonnés des slogans : « Liberté d'expression », Démocratie culturelle ...» Face à l'intervention de la police, les manifestants entonnent le chant des résistants : « Min Djibalina talâa saout el ahrar » (De nos montagnes s'est élevé le chant des Hommes Libres). La police réplique à ce chant avec une charge inouïe. Prés de 200 manifestants sont jetés de force dans les paniers à salade, plusieurs d'entre eux sont blessés dont 5 dans le coma. Un étudiant meurt sous les coups de matraques. Une grève est votée à l'université d'Alger. A 1 3 heures se tient un meeting dans le campus. Des étudiants militants de divers partis, tous clandestins, prennent la parole. Parmi eux, on note la présence du Pags (*), Ffs (**), Ost (***) et Gcr (****). Le deuil se mue en grève. Le même jour, en Kabylie, l'opération « Mizrana » (de son nom de code) est déclenchée. L'armée et la gendarmerie sont mis à contribution. Les universités, les cités universitaires, les usines... et les hôpitaux sont occupés par les forces de répression. Des combats ont lieu. Les chiens policiers sont lâchés à la poursuite des étudiants qui tentent de s'échapper. D'autres étudiants, à moitié-nus, sautent par les étages des cités U. Des professeurs, des médecins et des infirmiers coupables d'avoir soigné les victimes sont arrêtés. Ces derniers seront remplacés par des médecins militaires. Les villes de Bougie et de Tizi Ouzou se mettent spontanément en grève, sans qu'aucun appel n'ait été lancé en ce sens. L'activité reprendra progressivement le 24 avril.

(*) Pags : Parti d'avant garde socialiste
(**) Ffs : Front des forces socialistes
(***) Ost : Organisation socialiste des travailleurs
(****) Gcr : Groupes communistes révolutionnaires

Le 12 mai, une grève est votée de nouveau par les étudiants d'Alger. Elle sera largement suivie à la satisfaction de ses initiateurs dont l'objectif est d' « excentrer » le mouvement sur Alger. Des étudiants diront : « Le pouvoir est loin, il n'entend pas la Kabylie, il faut donc aller chez lui pour se faire entendre.
Le 16 mai le quotidien El Moudjahid publie une liste de 24 détenus qui devront être jugés par la cour de sûreté de l'Etat. En même temps l'alerte grimpe au rouge. Le pouvoir instaure un état de siège qui ne dit pas son nom.
Le 19 mai est la Journée nationale de l'étudiant. Ce sera l'occasion d'autres « troubles ».
Le 24 mai se tient à la fac centrale d'Alger une assemblée générale. Les forces de l'ordre viennent « casser de l'intello. » Le 25 du même mois, alors que les populations de Bougie et Tizi Ouzou expriment massivement leur soutien aux détenus. L'Algérie presse service (Aps), agence de presse étatique, annonce leur mise en « liberté provisoire. » Le lendemain, plusieurs colonnes de véhicules affluent de toutes parts chercher les détenus à la prison de Berrouaghia. A leur retour ils sont accueillis par une liesse indescriptible. C'est la fin de la saison scolaire et universitaire, mais pas celle de l'action politique.

Evénements de l'été 1980

Certains acteurs du mouvement berbère et de spécialistes, acquis à la cause amazigh, dans les domaines de l'histoire, sociologie, linguistique..., se réunissent à Yakouren, un village boisé de la province d'Azazga, du 1er au 31 août. Cette rencontre prendra plus tard le nom de « Séminaire d'Yakouren . »
Ces Assises à pour tâche essentielle de « poser (...) clairement le problème de la culture en Algérie afin de dépasser les fausses accusations dont la presse nationale notamment s'est fait l'écho, et dont les propos incendiaires ont failli conduire à l'irréparable. »
La question de la culture en Algérie s'articule, selon les séminaristes, autour de trois axes principaux :
1- Le problème de l'identité culturelle du peuple algérien.
2- Le problème des libertés d'expression culturelle.
3- Le problème de la culture dans la politique de développement.
Les séminaristes sortent de cette rencontre avec un épais dossier qui constitue plus un programme politique qu'un manifeste culturel.XXXXXXXXXXxXXXXXXXXXXxxxxxxxxxx
Voir le texte imprimé
1981
A la rentrée de l'année 1981, le ministre de l'Enseignement supérieur, Abdelhak Brerhi, annonce la création de départements de « Culture et dialectes populaires » au sein des universités d'Alger, Annaba, Oran et Constantine. Une montagne qui accouche d'une souris. En même temps, le docteur Saïd Saâdi (**), médecin à l'hôpital de Tizi Ouzou et l'un des principaux animateurs du mouvement berbère, recevra un ordre d'affectation pour Khenchela, petite ville de l'Est située à plusieurs centaines de km de la province de Tizi Ouzou. Un mouvement de solidarité se crée autour de lui, mouvement auquel se joint la section Tizi Ouzienne de l'Union médicale algérienne (UMA)... organisation du Parti unique ! Cette section rebelle sera dissoute. Par ailleurs, des dizaines de travailleurs d'entreprises publiques ayant participé au mouvement de solidarité seront mutés hors de leur province

Face à l'agitation intense et « expanse » des milieux estudiantins, le pouvoir répond comme il l'a fait à chaque contestation populaire : il lâche ses forces de police et de gendarmerie. La franchise universitaire fut violée. , ce qui fait dire à certains étudiants, avec ce cruel sens de l'humour qu'on connaît aux Algériens : « Nous avons les flics les plus instruits du monde : ils fréquentent la fac. » A l'université d'Alger, les islamo-baâhistes, munis de barre de fer, de chaînes à vélo et diverses armes blanches, attaquent ouvertement les animateurs du mouvement berbère et les militants du Pags... sous l'½il indifférent des brigades anti-émeute, bien que des armes blanches furent utilisées. Des étudiants organisent des « Comités de vigilance. » L'auteur, ainsi que Smail Mahi, qui sera assassiné par les islamistes en 1992 et Slimane Laouari, actuellement rédacteur en chef du quotidien « La dépêche de Kabylie », constituant un des Comités de vigilance, contactèrent la section Pags des dockers qui vint à
(*) Il sera fondateur, en février 1989, du Rassemblement pour la culture et la démocratie
rescousse. La police et gendarmerie n'intervinrent que lorsqu'ils constatèrent que les « Berbéro-marxistes » avaient pris le dessus... pour arrêter ces derniers ! Cependant, il faut noter que cette même journée, alors que les Bérbèro-Pagsistes se défendaient contre l'agression islamo-baâthiste, deux directives provenant de la direction du Pags sous forme de tracts circulent : « Halte à la manipulation » et « Halte à la provocation. » Ces deux directives expliquaient, en substance, que les berbéristes étaient « manipulés par des forces occultes », pour la première directive, et pour la seconde, que ces mêmes manipulateurs tentaient de diviser la masse estudiantine ! La base militante du Pags et mit cette attitude, à juste titre, sur le compte du « soutien critique » au régime dans lequel s'est enferré le Pags (*). Mais cette même attitude signera pour le Pags le commencement de la fin. Ce dernier venait de s'engager sur la pente descendante, une pente savonneuse, de sa déchéance.

Après 5 mois de détention préventive, à la fin du mois d'octobre, les inculpés du 19 mai 1981 de Bougie comparaissent devant le tribunal correctionnel de cette ville. Ils seront condamnés à des peines allant de 10 mois à 4 ans de prison ferme. Deux enseignants du secondaire seront condamnés...à 5 ans d' interdiction d'enseigner. Le meme jour, à 100 km de là au tribunal de Tizi Ouzou, 3 étudiants seront condamnés à 4 ans de prison ferme.
Le reste de l'année universitaire est régulièrement ponctuée d'arrets de cous, rassemblement, distribution de tracts... jusqu'au 13 avril où les animateurs du Mouvement culturel berbère de Bougie et Tizou Ouzou appellent à commémorer la journée du 20 avril, deuxième anniversaire du printemps berbère, « pour rappeler à l'opinion qu'ensemble nous n'avons pas oublié (...) que le régime a laché ses chiens sur les travailleurs et étudiants de la Kabylie pour toute réponse à leur revendication culturelle pacifique.»
Une semaine culturelle sera programmée
(*) Quatorze ans après ces événements, l'auteur de cet ouvrage demanda le pourquoi de ces directives à Sadek Hadjeres, ex-premier secrétaire du Pags auto-dissous, invité à Bruxelles par l'association Awal oua thakafa (Parole et culture). Ce dernier répondra : « Je ne sais pas... J'étais à Oran ce jour-là ! »
(¨¨)Qui sera fondateur du Rassemblement pour la culture et la démocratie. Ce parti prendra une orientation sociale-démocrate.
Des vigiles furent employés « à plein temps » dans les universités de ces quatre villes. Cependant, dans l'université d'Alger, Des arrestations eurent lieu, notamment à Alger et Tizi Ouzou. La Cour de la sûreté de l'Etat condamna 24 « agents de l'étranger » à plusieurs mois d'incarcération dans la prison de Berrouaghia. Des vigiles furent employés « à plein temps » dans les universités de Bougie, Tizi Ouzou, Bouira et Alger.
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Le 12 mars 1981 s'ouvre une session du Comité central du Parti consacrée à la politique culturelle. Auparavant, l'appareil du Parti a déclenché une « campagne d'explication et de sensibilisation » qui s'est transformée en diatribes contre « les séparatistes » et « les nostalgiques de l'ordre colonial. » Il est coutumier au Parti de réactiver l'épouvantail colonial devant les revendications berbéristes ou « l'urgence de la cause palestinienne » pour faire échec à tout mouvement de masse qui incluait les arabophones et les berbérophones.
La session du Comité central du Parti fut rondement menée et, comme si attendaient les Algériens, fut réaffirmé avec force « l'unicité de la langue arabe, langue qui, aux côtés de l'islam religion d'Etat, demeure l'une des constantes qui constituent la personnalité nationale. »
Les résolutions finales de cette session provoquent une grève générale de protestation dans les provinces rebelles de Bougie et de Tizi Ouzou.
Les 19 et 20 avril sont commémorés dans ces deux provinces et à la fac' centrale d'Alger le premier anniversaire du printemps berbère à travers de gigantesques manifestations, répondant ainsi à l'appel lancé par une coordination regroupant des comités d'étudiants, de lycéens, d'enseignants, des parents d'élèves et d'ouvriers.
Un mois plus tard, le 29 avril, un comité d'intellectuels de renommée mondiale dont le poète Kateb Yacine, l'écrivain et historiographe de la culture berbère Mouloud Mammeri, l'artiste peintre M'Hammed Issiakem, déposent au ministère de l'Intérieur une demande d'agrément d'une association qu'ils ont dénommée « Amuger » (Rencontre). Aujourd'hui, vingt cinq ans après, nombre de ces personnalités sont décédées, plusieurs ministres de l'Intérieur se sont succédés, mais l'agrément de cette association n'a toujours pas été accordé.
Le 19 mai est la Journée nationale de l'étudiant (*)
Les autorités instaurent dans l'ensemble de la province un couvre-feu a partir de 18 h 30 jusqu'à 5 h du matin. Des arrestations touchent 31 militants du mouvement culturel berbère qui seront jugés pour ce qui devint une antienne :
- Rassemblement
- Incitation au rassemblement
- Distribution de tracts
Il faudrait peut-être signaler au passage qu'aux yeux du régime le tract, nonobstant son contenu, est en lui-même un délit !
Les étudiants berbéristes de la faculté d'Alger tiennent un meeting d'information. Des militants arabo-islamistes ainsi que des repris de justice sont appelés en renfort pour « casser » le rassemblement. Des heurts violents surviennent. Une fois de plus la police intervient et, une fois de plus, seuls les militants berbéristes sont arrêtés. Les nervis arabo-islamistes quittent l'enceinte universitaire sous la protection vigilante des forces de l'ordre. Les étudiants berbéristes arrêtés, au nombre de vingt deux, seront présentés au parquet judiciaire pour :
- Atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat
- Atteinte à l'unité nationale
- Constitution de collectif à caractère subversif
- Atteinte à la personnalité nationale
- Complot - Rébellion
- Rédaction, détention et diffusion de tracts
- Association de malfaiteurs
- Destruction de biens publics et monuments
- Attroupement
La répression crée un temps de désarroi au sein de la mouvance activiste du mouvement culturel berbère. Cependant un ressaisissement rapide s'opère sous la pression des masses et ils décident d'organiser une université d'été qui devrait se tenir du 31 août au 15 septembre au Centre universitaire de Tizi Ouzou. Mais le 31 août à l'aube, les forces de l'ordre sont aussi au rendez-vous. Ils font évacuer manu-militari le centre universitaire et le transforment en caserne.



(*) Cette date a été instituée Journée nationale de l'étudiant en hommage au 19 mai 1956, journée où les étudiants et lycéens désertèrent les bancs de leurs universités et lycées pour rejoindre les maquis de la résistance anti-coloniale.



(5) Armée de libération nationale
(5) Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, couverture légale du PPA

(7) Lire « Les porteurs de valises » d'Hervé Hamon et Patrick Rotman, préface de Pierre Vidal-Naquet(. Editions Albin Michel 1879 (réédition)
(8) Mouvement national « algérien », dirigé par Messali Hadj. Les guillemets sont de mise.
(9) Idir veut dire en kabyle « vivra » .
El Watani se traduit en arabe par «]le patriote »
(10) Gouvernement Provisoire de la République Algérienne
# Posté le mercredi 19 avril 2006 05:45

Algérie : 18 journalistes condamnés en 2005

Algérie : 18 journalistes condamnés en 2005

El Watan, 2 janvier 2006

Ils sont au moins 18 journalistes à avoir été condamnés à la prison ferme par la justice algérienne au cours de la seule année 2005. Il s'agit de : Farid Alilat (1 année) ; Fouad Boughanem (1 année) ; Sid Ahmed Sémiane (1 année) ; Kamel Amarn (1 année) ; Ali Dilem (1 année) ; Malika Boussouf (6 mois) ; Hakim Laalam (6 mois) ; Nacer Belhadjoudja (6 mois) ; Mohamed Benchicou (5 mois) ; (en prison depuis 2004) ; Yasmine Ferroukhi (3 mois) ; Youcef Rezzoug (3 mois) ; Djameleddine Benchenouf (3mois) ; Abla Chérif (2 mois) ; Badis Massaoui (2 mois) ; Hassane Zerrouki (2 mois) ; Ghanem Khemis (2 mois) ; Abdelkader Djemâa (2 mois) ; Abder Bettache (2 mois). Parallèlement aux condamnations à la prison ferme, des dizaines d'autres journalistes ont été condamnés à des peines de prison avec sursis. Au cours de la seule journée du 13 novembre 2005, le tribunal de Mostaganem (ouest) a jugé cinq correspondants de presse, condamnant quatre d'entre eux à des peines allant de 6 à 3 mois. 2005 a été, également, l'année des amendes exorbitantes infligées par la justice algérienne aux éditeurs de presse et aux publications elles-mêmes. A lui seul, le cas Benchicou est la parfaite illustration de l'effrayante régression de la liberté de la presse en Algérie. Condamné à 2 ans de prison ferme suite à une cabale policière, le directeur du Matin, qui accomplit actuellement son 19e mois de détention à la prison d'El Harrach, est poursuivi à ce jour dans une trentaine de procès en diffamation, alors même que le journal qu'il dirige est suspendu depuis juillet 2004. Cette évolution funeste pour la liberté d'_expression et la liberté de la presse était prévisible dès lors que le régime en place s'est employé, par l'entremise d'un appareil complètement assujetti, à étouffer toute voix discordante, ne laissant place qu'au discours lénifiant et « normalisateur ». Pendant que l'appareil judiciaire sévissait, tout au long de l'année, contre les médias privés, les premiers responsables de l'Etat et du gouvernement, défiant la réalité, n'hésitaient pas à affirmer qu'« il n'y a pas de journalistes en prison » ou que « les institutions nationales ne sont pas contre la liberté de la presse ». Autre défi au bon sens : alors que l'Algérie, certainement sous la pression internationale, s'apprête à réformer le code pénal pour l'adapter à la nécessaire lutte contre la corruption, des journalistes parmi ceux qui avaient justement alerté l'opinion publique à propos des affaires de corruption se retrouvent en prison ou menacés d'y être envoyés. Tout en alertant l'opinion interne et internationale au sujet de ces atteintes répétées et gravissimes à la liberté d'_expression et à la liberté de la presse et qui constituent une violation flagrante des normes internationales, le Comité Benchicou pour les libertés réclame avec insistance :
- 1 La libération de Mohamed Benchicou.
- 2 La relaxe des 18 journalistes condamnés à la prison ferme.
- 3 L'arrêt d u harcèlement judiciaire des journalistes et la reconsidération des amendes infligées aux journalistes et aux médias. Il appelle instamment les pouvoirs publics à hâter la dépénalisation des délits de presse et à promulguer une loi protégeant l'exercice libre du métier de journaliste seul à même d'aider à l'émergence d'une société démocratique et à la construction d'un Etat de droit
# Posté le vendredi 06 janvier 2006 09:51