De Deir Yassin (9 avril 1948)... à "Hiver chaud" (Gaza 2008)

De Deir Yassin (9 avril 1948)... à "Hiver chaud" (Gaza 2008)

En mémoire, soixante ans après et en dénonciation des crimes perpétués et tolérés.

EN MEMOIRE...

Par Jacques Richaud

Au matin du 9 avril 1948, il y a juste soixante ans, les commandos de l'Irgun (dirigé par Menahem Begin qui aura un destin « national ») et des membres de la milice ultraviolente Stern investissent le village palestinien de Deir Yassin pour y massacrer 150 civils et en chasser les survivants de ce village de 750 habitants. Ce massacre précédait de quelques semaines la proclamation de l'Etat d'Israël. L'armée « officielle » de la future nation israélienne, la Haganah, trouvera par ce crime la facilité pour semer la terreur, détruire systématiquement plus de 400 villages arabes et provoquer l'expulsion de plus de 700 000 Palestiniens.

L'action était programmée et, dès le 20 mars 1941, Yossef Weitz du Fonds national juif écrivait : "L'évacuation complète du pays de tous ses autres habitants et sa remise au peuple juif constitue la réponse...". La Haganah ½uvra dans ce sens et, par exemple, chassait en un jour de 1948 les 1 125 habitants du village palestinien de Umm Khalid. La « Nakba » (la « catastrophe ») était l'envers impitoyable de ce que d'autres nommèrent « Indépendance ».

Les descendants de ces exilés sont plus de 6 millions désormais, vivant encore dans des camps de réfugiés, parfois rattrapés par les occupations ultérieures de l'expansion sioniste, très au-delà des frontières reconnues par la communauté internationale comme par l'Organisation de libération de la Palestine de Yasser Arafat, les frontières de 1967. L'annexion se poursuit en deçà d'un mur débordant largement cette limite et au-delà par une colonisation intensive (1)


LA PERPETUATION DES CRIMES...


La terreur et l'intimidation restent les outils de la même politique, comme en 1948. Il n'existe pas d'autres exemples dans le monde prétendument démocratique de tels agissements, même les armées américaines occupantes en Afghanistan ou en Irak n'excusent ni ne justifient leurs « bavures » et jugent parfois (avec bienveillance il est vrai souvent) les auteurs des crimes les plus inqualifiables. Rien de tel en Israël où les crimes de masse se poursuivent en ce sinistre 60e anniversaire de Deir Yassin. Il faut lire de Gidéon Ley, éditorialiste dans Haaretz, son message du 2 mars 2008 : « C'est incroyable, les forces israéliennes pénètrent dans un camp de réfugiés, tuent de manière massive, dans une horrible effusion de sang, et Israël continue de parler de modération. Il y a deux jours, Israël a tué plus de Palestiniens que les roquettes Qassam n'ont tué d'Israéliens au cours des sept dernières années. » En France, le Crif, lui, « salue la retenue de tsahal » (sic !) (2).

C'était au lendemain de l'opération « Hiver chaud » qui coûta la vie à plus de 120 habitants de Gaza (à peine moins qu'à Deir Yassin en 1948 !) entre le 27 février et le 3 mars 2008.

Mais le cas n'était pas isolé et s'accompagne toujours de la même impunité cynique. Quelques jours auparavant, l'armée israélienne faisait savoir qu'aucun responsable ne serait inquiété ni poursuivi après la tuerie de Beit Hanoun qui avait vu le massacre de 19 civils ; il en avait été de même après l'opération « Arc-en-ciel » à Rafah en mars 2004 et ses 61 victimes et après une autre opération « Jour de pénitence » en octobre 2004 qui tuait impunément 133 Palestiniens en quelques jours, de même après la terreur de Jenine...

L'hiver chaud de Gaza, pur crime de guerre, a tragiquement suscité une « vengeance » à Jérusalem où un citoyen israélo-palestinien tuait 8 étudiants juifs, suscitant une émotion qui fut mondialisée et relayée par un hommage singulier à Paris qui se transforma en appel à la haine par la voix d'un député français (3).

Sans entrer dans la comptabilité morbide des victimes, connue de tous, nous réaffirmons que toutes les vies se valent. Il importe pourtant de dire qu'à côté des « assassinats ciblés » qui ne sont rien d'autres que des crimes d'Etat extrajudiciaires, les massacres de masse, soixante ans après Deir Yassin continuent d'être en usage dans la pratique de Tsahal . Nous savons que ces crimes commis sous le regard du monde entier resteront probablement impunis et qu'ils éloignent les perspectives d'une paix possible que la majorité de chaque peuple est pourtant en situation d'espérer. (4)


NOS RESPONSABILITES


Il serait trop facile de stigmatiser le « terrorisme » des uns, isolé comme à Jérusalem ou issu de fractions désespérées, ou celui des autres relevant d'une politique étatique parfaitement programmée et qui enlève toute crédibilité à ceux qui croient encore pouvoir négocier avec l'adversaire parjure de ses propres engagements.

Il serait trop facile d'ignorer que ceux qui auraient pouvoir d'empêcher ou de désapprouver vraiment ces crimes se taisent. On ne trouvera personne pour légitimer soixante ans après le crime de Der Yassin en 1948 ; mais il ne se trouve personne ou presque pour hurler au crime d' "Hiver chaud", "Jour de pénitence" ou "Arc-en-ciel" ; horribles étiquettes données à des meurtres de masse programmés et sans aucun doute encore reproductibles dans une indifférence presque assurée déjà.

C'est bien parce que ces pratiques sont tolérées et parfois honorées et même subventionnées après avoir été légitimées que s'accroît le désespoir des victimes et se renforce l'influence des plus extrêmes.

Ne nous cachons pas derrière le soutien militaire réel et massif des Etats-Unis depuis 1962 pour tenter d'ignorer que sur le territoire français est organisé chaque année un « gala » en l'honneur de tsahal et même une collecte de fonds pour soutenir une armée dont les crimes de guerre répétés sont parfaitement connus. Ces crimes ne semblent pas émouvoir beaucoup nos droit-de-l'hommistes professionnels capables de s'insurger contre d'autres injustices lointaines en ignorant les abominations commises par une partie de l'armée d'un peuple présumé "ami".

Le soutien moral et financier à une armée étrangère aux pratiques hors la loi au regard des textes internationaux, sur notre propre territoire et avec le soutien affiché "inconditionnel" de la représentation d'une communauté a été flagrant au lendemain du massacre plus massif encore, en trois semaines lors de l'été 2006, de plus de 1 300 civils libanais dont près de 400 enfants. Même l'amitié française pour le Liban se bornera à contribuer à la "reconstruction", sans imaginer un seul instant saisir les avoirs de l'agresseur ou demander réparation ou condamner ces actes explicitement en sanctionnant ceux qui les soutenaient. Le même "gala" annuel et collecte de fonds pour Tsahal fut organisé à Paris quelques semaines à peine après les crimes massifs dans ce pays "ami". C'est dans la presse israélienne qu'il fallut chercher les condamnations les plus sévères, totalement ignorées des milieux mondains parisiens. (5)

Une telle situation n'est rendue possible que par une pénétration forte des influences du sionisme au plus haut niveau de notre monde politique, droite et gauche confondues. Cette permissivité détruit toute la confiance que le peuple palestinien a longtemps conservé en la France dans sa détermination à l'aider à faire valoir ses droits à la vie et à la justice.

Aucun Palestinien n'attend de nous un soutien exclusif, mais seulement l'application garantie du droit internationalement reconnu à sa survie et à sa sécurité. Soixante ans après Deir Yassin, ce peuple est encore abandonné à ses larmes pendant que l'Occident et la France aussi cautionnent des crimes de guerre effroyables. Cette tolérance sera jugée par l'Histoire pour ce qu'elle est : criminelle.

(1) Le journal hébreu Yediot Ahronot révélait le 2 avril 2008 le projet de 1 908 nouvelles « unités coloniales » en Cisjordanie en 2008, en accord avec le Premier ministre Ehud Olmert, dépassant le rythme d'implantation suivi depuis dix ans et signifiant clairement le caractère mensonger des engagements à stopper la colonisation pour faire avancer un processus de paix que l'action sur le terrain contredit quotidiennement. Le « fait accompli » semble la seule règle observée, dont les partenaires internationaux feignent d'être dupes.
(2) Le Crif salue la retenue de Tsahal.
(3) Nous y reviendrons dans un commentaire autour de cette singulière « amitié franco-israélienne » au service de la haine.
(4) Frères pourtant.
(5) Par exemple un article de Meron Rappaport dans Haaretz « ce que nous avons fait au Liban était fou et monstrueux ».
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# Posté le samedi 24 mai 2008 04:35

Henri Alleg, le plus Algérien des Français

Henri Alleg, le plus Algérien des Français
Je préviens le public : j'ai titré ainsi mon propos par pure coquetterie intellectuelle et non par respect à la vérité historique, car Henri Alleg n'est ni tout à fait Algérien ni tout à fait Français : il est internationaliste, bien que nous, Algériens, ayons tendance à nous l'approprier.

Par Djamal Benmerad
Il m'échoit deux tâches en une. La première tâche, ingrate celle-là, vise à présenter Harry Salem, plus connu sous son nom de guerre d'Henri Alleg, à une partie du public déjà convaincu et connaisseur de ce dernier, tant la valeur de cet homme a fait le tour des cinq continents.
La seconde tâche consiste en le redoutable privilège de faire connaître Henri Alleg à cette autre partie du public qu'est la jeunesse et qui, peut-être, connaît imparfaitement cet homme. Je le ferai donc en vertu d'une affinité qui me lie à Henry Alleg : l'honneur d'avoir travaillé à Alger républicain en qualité de grand reporter quelques dizaines d'années après lui (ce qui ne rajeunit pas Henri !) A ce propos, il faut dire, en passant, que lors de notre intégration à ce journal, chaque jeune journaliste subissait un long speech sur Henri Alleg, par notre directeur de journal aujourd'hui hélas décédé, Abdelhamid Benzine, qui lui aussi connut pendant la guerre la torture et les camps de concentration. Ainsi nous, dont « La question » figurait parmi nos livres de chevet, nous connaissions Henri avant même de l'avoir rencontré. Il était devenu un mythe pour les Maghrébins que nous sommes, raffolant de mythes et de légendes. Mais cet inconnu devient aussi pour nous une référence en matière de journalisme.
Nous apprîmes donc que ce natif de Londres a tôt commencé le journalisme, avant de s'installer dans l'Algérie coloniale des années quarante. A l'âge de 19 ans il adhère au Parti Communiste Algérien. La direction de ce Parti, assimilant mal les enseignements de Lénine concernant la question coloniale, était majoritairement composé de pieds noirs, c'est-à-dire des français nés en Algérie, ce Parti donc bégayait à l'époque entre la revendication d'une assimilation des Algériens aux Français et sa demande de promotion des classes ouvrières des deux pays. L'idée de l'indépendance de l'Algérie ne l'effleurait même pas. Il était en somme une annexe du Parti Communiste Français. Mais passons sur cette digression qui risque de réveiller de vieilles polémiques.
En 1951, Henri Alleg se voit offrir la direction du journal progressiste Alger républicain. Il renforce sa ligne résolument anticapitaliste. Peu à peu, la ligne de ce journal devient plus radicale et se rapproche des thèses nationalistes, tant le colonialisme est le fils cadet du capitalisme. Le fils benjamin du capitalisme étant l'impérialisme.
1954 : l'insurrection armée Algérienne éclate. Le Parti Communiste Algérien, censé être un parti d'avant-garde est pris au dépourvu. Nombre de militants le quitteront pour rejoindre les patriotes Algériens.
Quelques mois plus tard, Alger républicain est interdit par les autorités coloniales. Apprenant qu'il était recherché, Henri Alleg plonge dans la clandestinité pendant que nombre de communistes créent des cellules armées combattantes dénommées Les maquis rouges, dont le moins méritant n'est pas Fernand Yveton qui sera condamné à la guillotine et exécuté. Il venait à peine d'avoir 20 ans. Les communistes combattront sous le vocable de Maquis rouges jusqu'en 1956, année où ils vont s'auto dissoudre pour rejoindre l'Armée de Libération Nationale.
Après deux ans de clandestinité, Henri est soudain découvert et arrêté le 12 juin 1957 par la sinistre 10eme division de parachutistes du non moins sinistre général Massu. Il est immédiatement transféré dans une villa des hauteurs d'Alger. Il s'agissait probablement de la villa Susini de triste mémoire. Là, Henri connaîtra dans sa chair les morsures de « la bête immonde. » Il y subira ses tortures les plus grossières aux plus raffinées. Il fera connaissance avec « le torchon mouillé », la « gégène », « la baignoire » et autres joyeusetés les unes pires que les autres. Aujourd'hui, cinquante ans plus tard, à l'heure où la torture sévit à Abou Ghraïeb (en Irak), en Palestine, en Colombie et ailleurs, écoutons Henri Alleg :






Extrait de La Question d'Henri Alleg
Jacquet, toujours souriant, agita d'abord devant mes yeux les pinces qui terminaient les électrodes. Des petites pinces d'acier brillant, allongées et dentelées. Des pinces « crocodiles », disent les ouvriers des lignes téléphoniques qui les utilisent. Il m'en fixa une au lobe de l'oreille droite, l'autre au doigt du même côté.
D'un seul coup, je bondis dans mes liens et hurlai de toute ma voix. Charbonnier venait de m'envoyer dans le corps la première décharge électrique. Près de mon oreille avait jailli une longue étincelle et je sentis dans ma poitrine mon coeur s'emballer. Je me tordais en hurlant et me raidissais à me blesser, tandis que les secousses commandées par Charbonnier, magnéto en mains, se succédaient sans arrêt. Sur le même rythme, Charbonnier scandait une seule question en martelant les syllabes « Où es-tu hébergé ? »
Entre deux secousses, je me tournai vers lui pour lui dire : « Vous avez tort, vous vous en repentirez ! » Furieux, Charbonnier tourna à fond le rhéostat de sa magnéto : « Chaque fois que tu me feras la morale, je t'enverrai une giclée ! » et tandis que je continuais à crier, il dit à Jacquet : « Bon Dieu, qu'il est gueulard ! Foutez-lui un bâillon ! » Roulant ma chemise en boule, Jacquet me l'enfonça dans la bouche et le supplice recommença. Je serrai de toutes mes forces le tissu entre mes dents et j'y trouvai presque un soulagement
Fin de citation.
Après un mois de sévices ignobles, un mois qui a dû durer pour lui un siècle, Henri est transféré en divers lieux de détention pour, finalement, aboutir à la prison Algéroise Barberousse. C'est dans cette prison qu'Henri Alleg entreprend de relater son supplice afin que nul ne dise « je ne savais pas. » A mesure qu'il rédige fébrilement « La question », il en fera sortir un par un les feuillets à l'insu de ses gardiens, par l'intermédiaire de ses avocats qui étaient aussi ses « complices » à l'instar de Leo Mataresso.
Une fois achevé et évacué hors de prison, un homme de bonne volonté et de grand courage entreprit de l'éditer. Il s'agissait de Jérôme Lyndon, directeur des Editions de Minuit. Pendant que son auteur est en prison, La question est publié. Les autorités Françaises interdisent le livre mais des centaines d'exemplaires sont déjà répandus sur le territoire. C'est ainsi, et quelques jours avec l'aide La Cité, une maison d'éditions Suisse, que les Français apprennent avec émoi que l'on torture en Algérie et qui plus est, on torture même des Français ! Des intellectuels et autres personnalités tels que Jean-Paul Sartre, Malraux, François Mauriac et tant d'autres protestent vigoureusement auprès de leur gouvernement.
Dans l'Algérie maquisarde, du livre fut d'un apport extraordinaire. « Ce fut pour nous l'équivalent d'un bataillon » me dira, il y a quelques années, le commandant Azzedine, un des anciens dirigeants de l'Armée de Libération Nationale.
Après trois années de détention à la prison Barberousse, Henri est transféré en France, dans la Prison de Rennes... d'où il s'évadera peu après, aidé en cela par un réseau communiste qui lui fera rejoindre la Tchécoslovaquie. Il y restera jusqu'en 1962, lors du cessez-le feu conclu entre l'Algérie combattante et la France colonialiste. Il revient dans l'Algérie indépendante pour organiser la reparution d'Alger républicain.
Je termine en rappelant que contrairement aux Occidentaux, nous, Numides, avons le culte des héros. Henri Alleg est de ceux-là.
Dj. B.


Courriel : djamalbenmerad@yahoo.fr
blog : http://euromed.skyblog.com
Site : http://dbenmerad.free.fr/
# Posté le vendredi 21 mars 2008 10:13

Lettre au roi d'Arabie saoudite

Excellence,


Informé par Amnesty International, je vous écris afin de vous exprimer ma vive préoccupation quant à l'augmentation du nombre d'exécutions en Arabie Saoudite cette année. Les personnes concernées sont : Suliamon Olyfemi, Siti Zainab Binti Duhri Rupa et Ahmed Al Bahrani et les autres dont les noms sont inconnus.
En même temps, j'exprime ma réjouissance, quant à Ahmed Al Bahrani, n'étant plus menacé d'une exécution.

Je vous exhorte à faire bénéficier tous les condamnés à mort du pays d'une commutation de peine, en vue de l'abolition de la peine capitale. Je vous prie, en outre que les détenus puissent exercer leur droit de faire contrôler la légalité de leur détention et de former un recours en grâce.

Je me permets d'exprimer mon inquiétude quant à deux autres personnes condamnées et vous demande immédiatement suspendre leur exécution.

Enfin, permettez-moi de vous demander instamment de veiller à ce que les normes internationales en matière d'équité de procès soient respectées.

Veuillez agréer, Excellence, l'expression de ma haute considération.

Djamal Benmerad, Journaliste, écrivain
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# Posté le vendredi 21 mars 2008 10:07

Lettres à mon fils








Instruction n° 1

Sois comme les barbus
de la Sierra Maestra
l'étoile rouge au front
et le fusil au poing
qui libèrent chaque jour
les paysans de la famine

et l'ouvrier de l'oppression


*
* *


Instruction n° 2

Ramène-moi l'odeur âcre
et l'ivresse de la poudre
un chapelet de munitions
pour égrener mes nuits
et une esclave au teint de miel


*
* *


Instruction n° 3

Gémissement locataire
d'un couloir de tristesse
le vent murmure
chaque offensive
que te raviront les ombres
à l'orée de chaque doute

*
* *


Instruction n° 4

Construire un rêve
l'aimer
le nourrir
s'en nourrir
puis le balancer
au c½ur d'une foule
Attendre la fraîcheur du soir et la dispersion
des gaz lacrymogènes
reprendre son rêve
l'essuyer
le réchauffer
puis le lendemain
tout recommencer


*
* *


Instruction n° 5

Sois têtu
et obstiné
comme le cactus
qui ne craint ni le sirocco
ni les tempêtes de sable
mais garde toujours en ton outre
une eau fraîche et pure
pour le nomade égaré


*
* *


Instruction n°6

Aime-la
Le ciel t'aimera


*
* *


Instruction n°7

Sois l'esclave
de ton amie
mais impitoyable
face à l'ennemi



*
* *


Instruction n° 8

Avance
et tu seras libre


*
* *


L'île de la tentation
(Sur un poème de Baudelaire)

Mon enfant mon sang
songe au bonheur
d'aller vivre ensemble
dans cette île qui te ressemble
là où tout n'est que Révolution
bruits et volupté
là où convergent
la faucille et le marteau
là où la liberté
a un goût de canne à sucre


*
* *


Dernière instruction

Aie
le courage
d'aimer


*
* *


Testament

La bête insatiable
aspire mon air
et sans relâche ni pitié
arrache mes poumons
L'heure du départ s'approche
du cadran de ma vie
mais dans ma tombe
fraîche et accueillante
je n'oublierais aucun
de vos baisers





*
* *

Couirriel: djamalbenmerad@yahoo.fr
Site: http://dbenmerad.free.fr/
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# Posté le vendredi 21 mars 2008 10:03

Le Cueilleur de mots

Le cueilleur de mots


Il était une fois un cueilleur de mots...

Chaque matin il cueillait des mots rangés dans une jarre, toute sorte de mots : des mots doux, des mots tendres, un peu insolents, des mots fous, des mots brûlants, des mots rarement sages, jamais graves ou solennels, mais des mots vrais. Il en faisait un joli bouquet, l'enveloppait d'amour frais et le portait à son amie au village voisin. Lorsqu'il lui offrait ces mots, il guettait le sourire qui ne manquait jamais d'illuminer le visage de son aimée. En échange, elle lui donnait un peu de son miel dont il s'enivrait. Parfois... Parfois elle lui offrait sa rose. Alors c'était le trouble délicieux, puis le déchaînement des sens.

Ce matin, il s'éveilla et sa première pensée, comme tous les matins, alla à ses mots. Il se rendit devant la jarre, se pencha et mit la main à l'intérieur pour en extraire quelques uns. Sa main rencontra le vide. Alors il prit la jarre des deux mains et la secoua. Rien n'en sortit.
Il se dit que comme ils sont un peu espiègles, ses mots ont du se cacher sous ses draps de lit. Il souleva doucement, tout doucement les draps pour ne pas les effrayer... Mais ils n'y étaient pas.

De ce village partaient plusieurs chemins. Il en prit un, comme ça, au hasard, car le hasard était parfois son ami de jeux. Il se mit à marcher. Il marcha pendant des siècles. Un jour, un matin, il se retrouva à l'orée d'une forêt. Il y a pénétra. Le premier arbre rencontré était un olivier. Il lui demanda : « N'aurais-tu pas vu mes mots ? » L'olivier souleva très haut ses branches dans la lumière et lui répondit : « Tes mots ? Quels mots ? » Le cueilleur de mots baissa la tête et se remit à marcher.
Pendant ces siècles, son amie attendait les mots au haut d'une colline qui dominait le village, en scrutant l'horizon.
Il marcha pendant des siècles et siècles. Un matin, fatigué, il arriva devant une belle rivière où le ciel se mirait. Il posa son bâton par terre et s'assit au bord de la rivière pour se reposer. Mais il lui vient une pensée et se dit : « Comme c'est le printemps et q'il commence à faire chaud, peut-être sont-ils allés se rafraîchir dans la rivière ? » Il y courut et souleva un à un les reflets dorés de la rivière. Les mots n'y étaient pas.
Il se remit à marcher. Il marcha encore pendant des siècles et des siècles, jusqu'à ce qu'un matin il arrive devant un grand, un immense jardin fait de toute sorte de fleurs colorées. Il se dit que ses mots ont peut-être été humer les parfums matinaux du jardin... Il souleva un à un les pétales des fleurs, puis caressa le parterre de menthe...Ils n'y étaient pas.
Il se remit un marcher, gravissant des monts, dévalant des vallées, pendant des siècles. Un jour, il rencontra un bel et immense oiseau aux ailes d'iris. Il lui dit : « Bonjour, oiseau ! Aurais-tu aperçu mes mots quelque part dans ton ciel ? » L'oiseau déploya ses grands ailes et lui dit : « Tes mots ? Quels mots ? » Le cueilleur de mots reprit son chemin, puis, soudain il lui vint une idée : comme ses mots aiment la liberté et qu'ils en avaient assez d'être enfermés dans la jarre, peut-être sont-ils partis au sahara, le seul lieu où existe la liberté ? Quelques siècles plus tard, il arriva au milieu d'un erg immense. Il descendit les crevasses, grimpa sur des pitons rocheux et acérés, traversa des oued secs, pour enfin rencontrer un être, un scarabée, un tout mignon scarabée qui peinait a escalader une dune. Il lui dit : « Joli scarabée, n'aurais-tu pas vu mes mots ? » Le scarabée lui répondit : « Les seuls mots que je vois sont ceux qu'on n'entend pas ». Alors le cueilleur de mots voulut l'aider à grimper. Il le prit pour le mettre au sommet de la dune, lorsque le scarabée lui : « Non, laisse-moi. C'est ma vie de grimper au sommet des dunes et d'en redescendre, éternellement ».
Fatigué, le cueilleur de mots revint sur ses pas et fit de sa quête un conte qu'il offrit à son amie qui lui offrit...

Djamal Benmerad
# Posté le vendredi 21 mars 2008 09:51